Banques : les salaires des patrons au plus haut
Les banques européennes profitent de la remontée des taux… et leurs patrons aussi. Sur le podium des directeurs généraux les mieux payés, figure le directeur général d’UBS Ralph Hamers. Le rapport annuel de la banque suisse publié ce lundi 6 mars fait état d’une hausse de 11% de sa rémunération globale (salaire fixe et bonus) l’an dernier, à 12,2 millions de francs suisses (et autant d’euros).
«Le conseil d’administration a reconnu que Ralph Hamers a dirigé UBS avec succès au cours d’une année difficile et a obtenu de bons résultats financiers malgré des vents contraires importants dus aux développements géopolitiques et macroéconomiques », justifie la banque dans son rapport annuel.
Récompenser la performance
En 2022, UBS a, en effet, enregistré un résultat avant impôts en hausse de 1,3% à 9,6 milliards de dollars. De quoi justifier la hausse de la rémunération de Ralph Hamers, qui a quitté ING pour prendre les rênes de la banque suisse en 2020. La stratégie impulsée sous sa direction est jusqu’ici saluée par les marchés puisque l’action UBS a gagné 76% depuis son arrivée.
Contrairement aux vives polémiques suscitées par la rémunération des patrons de banques à la sortie du Covid, ces derniers peuvent s’appuyer cette fois sur de solides performances pour justifier la hausse de leurs salaires. Mais les résultats enregistrés en 2022 par UBS ne sont pas entièrement à mettre au crédit de leur patron… UBS a, en effet, profité aux troisième et quatrième trimestres, des déboires de son rival Crédit Suisse qui, victime d’une crise de confiance, a subi une décollecte massive dans son activité de gestion de fortune. Les clients s’étant en partie reportés sur UBS, la banque suisse a encaissé pas moins de 60 milliards de dollars d’afflux nets générant des commissions, dont 23 milliards au seul dernier trimestre de l’année 2022.
Le salaire octroyé à Ralph Hamers risque, par ailleurs, de faire débat alors que les banques d’investissement, chahutées par une année 2022 peu propice, ont pris le chemin d’une cure d’austérité. A l’image des géants américains qui réduisent les bonus de leurs banquiers d’affaires, UBS a réduit de 10% l’enveloppe globale consacrée aux bonus l’an dernier. Les hauts profils les mieux rémunérés ont vu leur rémunération variable chuter de 21% en 2022.
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Augmenter le fixe plutôt que le variable
Cette tendance à récompenser le capitaine pour la bonne performance de la banque se vérifie aussi chez Unicredit, dont le directeur général Andrea Orcel avait fait couler beaucoup d’encre en 2021 lors de son recrutement. L’ancien patron de la banque d’investissement d’UBS est en effet deux fois mieux payé que son prédécesseur à la tête de la banque italienne. Son package global a atteint 7,5 millions d’euros en 2022. Le conseil d’administration d’Unicredit souhaite revoir sa rémunération en 2023 pour tenir compte des bons résultats enregistrés l’an dernier et proposera donc à la prochaine assemblée générale des actionnaires d’augmenter son salaire fixe de 30%, selon le rapport de rémunération de la banque publié mercredi 1er mars.
Cette proposition est, de fait, destinée à contourner la réglementation européenne qui plafonne les rémunérations variables à l’équivalent de deux fois le salaire fixe, justifient les administrateurs. Tandis que la rémunération fixe d’Andrea Orcel devrait passer de 2,5 millions d’euros à 3,25 millions si la résolution est approuvée par les actionnaires, son package global pourrait atteindre jusqu’à 9,75 millions d’euros. S’il dépasse les objectifs prévus pour 2023, la partie variable pourra atteindre 6,5 millions d’euros et sera plafonnée à 4,25 millions d’euros s’il se contente de les atteindre.
«L’augmentation de salaire n’est pas négligeable, mais il était nécessaire de créer un système d’incitations approprié dans l’esprit d’une rémunération à la performance motivant d’autres changements au sein de la banque », justifie Unicredit. L’an dernier, la banque italienne a enregistré son meilleur profit en une décennie. Elle n’a pas non plus lésiné sur le retour aux actionnaires avec un programme de rachat d’actions de 5 milliards d’euros et un taux de distribution de 40% en 2022. Suffisant pour les convaincre lors de la prochaine assemblée générale ? En 2021, la résolution sur la rémunération d’Andrea Orcel avait été approuvée de justesse à 54,10% seulement du capital représenté lors du vote.
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