Banco Popular inaugure le mécanisme de résolution européen
La directive européenne BRRD sur les résolutions bancaires a désormais son cas d’école. Si les obligations seniors de Banco Popular seront protégées dans le cadre de sa mise en résolution et de son rachat pour 1 euro symbolique par Santander, les actionnaires ainsi que les créanciers hybrides et subordonnés de la banque espagnole vont tout perdre. Santander lancera ensuite en juillet une augmentation de capital de 7 milliards d’euros pour rehausser la couverture du portefeuille d’actifs douteux de 37 milliards d’euros de Banco Popular.
Dans le sillage d’une décision de la BCE du 6 juin, qui a indiqué au Conseil de résolution unique (SRB) que Banco Popular «était en faillite ou va probablement l’être», les instances européennes ont décidé de mettre la banque en résolution. Outre ce premier élément, le SRB et le fonds de résolution espagnol, le Frob, ont également jugé que les deux autres conditions nécessaires étaient réunies. Bien que Banco Popular ait annoncé mi-mai avoir reçu des marques d’intérêt d’éventuels repreneurs, aucune solution privée ne semblait près d’aboutir, tandis que la résolution a été jugée «nécessaire dans l’intérêt général» pour sécuriser notamment les 78 milliards d’euros de dépôts et de prêts du groupe.
Dans le cadre de la mise en résolution, le capital social de Banco Popular de 2,1 milliards d’euros, dont le Crédit Mutuel détient 3,9%, a donc été intégralement effacé. L’encours de 1,35 milliard d’euros d’obligations hybrides AT1, dont une partie est notamment détenue par Allianz, BlackRock et Aviva, a quant à lui été totalement converti en actions nouvelles, elles-mêmes totalement amorties dans un second temps. Enfin, les instruments subordonnés tier 2, notamment aux mains de particuliers, qui totalisaient 684 millions d’euros, ont été convertis en actions pour un montant de 1 euro et cédés à Santander.
«L’opération démontre que le mécanisme de résolution d’après-crise fonctionne, [puisqu’il] n’y a eu aucune survaleur comptabilisée dans la transaction ni d’argent du contribuable impliqué», soulignent les experts de Jefferies. Concernant les obligations seniors, qui peuvent théoriquement être mobilisées lors d’une résolution, les analystes de CreditSights rappellent que selon eux la probabilité d’une participation était faible, même si «leur recommandation n’a jamais été haussière en raison du risque d’une forme différente de résolution qui ne les aurait pas protégées».
Dans le sillage de l’annonce de l’opération, les obligations seniors 2% échéance 2020 de Banco Popular ont d’ailleurs repris de l’altitude en cotant à environ 102% du pair après avoir plongé ces derniers jours aux alentours de 90%. Si les obligations hybrides de la banque se sont logiquement effondrées hier, les covered bond ont également profité d’un regain d’intérêt. «Une fusion des pools [de prêts] pourrait être positive pour la qualité du collatéral de Banco Popular», souligne ainsi ING.
Santander, qui deviendra le leader de la banque en Espagne avec cette opération, devra néanmoins assainir les actifs hérités de Banco Popular. Le groupe passera une provision de 7,9 milliards d’euros, dont 7,2 milliards pour les seuls actifs immobiliers, qui portera le taux de couverture de 45% à 69%. Santander espère que la transaction dégagera une rentabilité de 13% à 14% en 2020 mais certains pointent des risques. Le courtier Kepler Cheuvreux relève ainsi «le temps limité consacré aux due diligence» et s’inquiète du processus d’intégration des deux groupes.
Plus d'articles du même thème
-
Pour prendre la main sur Delfin, un héritier Del Vecchio envisage de se passer des banques
Leonardo Maria Del Vecchio souhaite racheter les parts de deux de ses frères et sœurs pour monter à 37,5% de la holding familiale italienne actionnaire d’EssilorLuxottica et de Generali. Il se serait rapproché d’Apollo alors que BNP Paribas prendrait ses distances sur le projet. -
L’Autorité bancaire formule ses propositions pour simplifier les règles prudentielles européennes
Le rapport publié mardi par l'Autorité bancaire européenne examine comment rationaliser le cadre de l’UE relatif aux fonds propres des institutions, réduire la complexité inutile, améliorer la cohérence et la prévisibilité, sans affecter leur résilience ni affaiblir l’action de supervision. -
Les régulateurs français s'enquièrent des risques d'interconnexion du système financier
L’ACPR, l’AMF et la Banque de France publient un rapport d’étape sur l’exercice pilote lancé durant l’été 2025 qui vise à explorer les interdépendances entre banques, assureurs et gestionnaires d’actifs. Ce premier exercice de stress test dit "system-wide" vise à rompre avec la traditionnelle approche en silo.
ETF à la Une
Generali Investments va lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- Belfius rachète Leocare et intéresserait le Crédit Agricole
- Les méga-IPO sont le dernier signe avant-coureur de bulle spéculative
- Garance s’ajoute à la liste des mutuelles dans la tourmente
- La France domine toujours le classement des meilleurs masters en finance
- Le pétrole plonge après l'accord entre les Etats-Unis et l'Iran
Contenu de nos partenaires
-
Chaud devantLa prévention victime de coupes dans le budget « com » de l’Etat ?
Alors qu'une canicule frappe le pays, la polémique monte sur des campagnes de prévention retardées -
Contre-pouvoirComment le Congrès américain peut saboter le deal iranien de Donald Trump
Le président américain a prévu, dans son accord avec l'Iran, plusieurs carottes financières pour le convaincre de négocier de bonne foi sur le nucléaire. Mais les parlementaires, surtout ses faucons républicains, ont des options juridiques pour l'en empêcher -
Son et lumièreFête de la musique : pour Jean-Luc Mélenchon, le spectacle ne fait que commencer
Privé de concert par la préfecture de Paris, l'insoumis ressort le mégaphone et dénonce une décision prise, selon lui, « sous la pression » du Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif)