Bâle 4 coûterait 120 milliards d’euros aux banques européennes
Dans une étude publiée le 12 avril, le cabinet McKinsey s’efforce de chiffrer la totalité des ajustements de régulation qui pèseront sur les banques européennes dans les années à venir. Il s’agit de la série d’adaptations de la réforme Bâle 3, surnommée Bâle 4 par la profession, mais aussi des nouvelles normes comptables IFRS 9, qui changeront la manière dont les banques provisionneront les prêts douteux.
Au vu de l’état d’avancement des discussions au 31 mars dernier, ces nouvelles règles réduiraient de 3,9 points de pourcentage les ratios en fonds propres durs (CET1 ou common equity tier one) des banques européennes, qui passeraient de 13,4% à 9,5% en moyenne, estime le cabinet. Pour comparaison, selon les mêmes hypothèses, les ratios de leurs concurrentes américaines passeraient de 11,7% à 10,4%.
Les établissements européens devant atteindre au minimum un ratio CET1 de 10,4%, il leur manquerait 120 milliards d’euros de capital, calcule McKinsey. «Cela change les règles du jeu pour l’industrie bancaire européenne», soulignent les consultants dans leur rapport. «L’impact de Bâle 4 sera beaucoup plus grand qu’anticipé initialement. Les banques devront lever plus de capital, et probablement recourir à des mesures peu conventionnelles pour se plier aux standards». Une autre manière de rentrer dans les clous serait de céder 800 milliards d’euros d’actifs pondérés par les risques, précise le cabinet.
L’effet le plus sévère de Bâle 4 vient du plancher d’exigences en fonds propres (output floor), qui, dans sa version actuelle, réduirait le ratio moyen de 1,3 point de pourcentage. Les autres gros facteurs de baisse sont le nouveau standard de calcul du risque opérationnel (-0,8 point) et la progressivité des mesures (-0,5 point). La fin des modèles internes de calcul des risques affecterait en priorité les banques françaises, britanniques et italiennes, qui utilisent des méthodes sophistiquées et souffriraient d’un coefficient multiplicateur du risque opérationnel basé sur la taille de l’établissement.
Côté rentabilité, McKinsey a calculé que le rendement des capitaux propres des banques européennes passerait de 8% à 7,4% avec l’ensemble des nouvelles mesures. La rentabilité baisserait particulièrement pour les banques universelles, en raison de coussins en capitaux additionnels dus à leur taille, leur complexité et l’interdépendance de leurs filiales.
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