Bâle 3 va davantage peser sur les banques universelles
Paradoxe: alors que les activités de marché et d’investissement sont responsables de la propagation de la crise, les banques universelles, avec leur activité de détail, pourraient faire les frais de la réglementation concoctée par le Comité de Bâle. Les professionnels réunis mercredi par le Club Finance HEC estiment en effet que le modèle d’Europe continentale en sera immanquablement bouleversé.
Certes, les exigences en capital des futures règles de Bâle 3 concernent beaucoup les activités de marché. Ainsi, selon McKinsey, Bâle 3 aura un impact de 7 à 9 points de pourcentage sur le rendement des fonds propres des banques de marché, contre trois points pour celui des banques universelles. Mais «les BFI peuvent s’adapter aux changements beaucoup plus facilement, ne serait-ce qu’à travers l’arrêt brutal de certains métiers», explique Jean-Christophe Mieszala, associé du cabinet de conseil.
A contrario, adapter les prêts aux particuliers ou les activités spécialisées comme le leasing suppose de faire évoluer le marché de la titrisation en Europe, un processus long créant un écart de concurrence avec les établissements américains.
«Les modèles de banques les plus complexes sont déjà pénalisés en Bourse ou par les règles comptables. Bâle 3 accentue ce phénomène», confirme Georges Pauget, fondateur du cabinet Economie Finance & Stratégie. L’ancien patron du Crédit Agricole estime ainsi que les nouvelles règles amputeront de 31% les fonds propres core tier one des banques universelles, contre 21% pour ceux des BFI.
Par ailleurs, selon Christian Lajoie, directeur des affaires prudentielles à BNP Paribas, «le traitement par Bâle 3 des intérêts minoritaires et des investissements dans des institutions financières remet en cause le modèle de développement international de bon nombre de banques européennes», créant ainsi un déséquilibre supplémentaire de part et d’autre de l’Atlantique.
Conséquence, «les établissements devront faire des choix stratégiques de plus en plus clairs, avec des structures épurées et des modèles clarifiés», poursuit Georges Pauget. L’interaction entre la réglementation et la stratégie sera déterminante. «Les banques vont se poser la question de leurs modèles de bilan, de financement et du contexte macro-économique du risque-pays, vis-à-vis de la détention de titres d’Etat», souligne Jean-Christophe Mieszala.
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