Avec Credit Suisse, les Saoudiens mettent un pied dans la banque européenne
L’annonce a ému dans les rangs des députés suisses socialistes et démocrates-chrétiens. La Banque nationale saoudienne (SNB) va injecter 1,5 milliard de francs dans Credit Suisse, devenant, à l’issue de son augmentation de capital, le deuxième actionnaire de la banque avec 9,9% des parts. Inédit de la part du royaume, ce mouvement n’est pourtant pas politique mais bien commercial.
Détenue à 37,6% par le fonds souverain d’Arabie Saoudite (le PIF), la SNB est l’une des plus grandes banques du Moyen-Orient, totalisant 257 milliards de dollars d’actifs, 11 millions de clients, 16 000 employés et une valorisation boursière de 75 milliards de dollars.
La SNB est née en 2020 de la fusion de la banque commerciale nationale, plus vieille institution saoudienne créée en 1953 après un décret royal, et de la banque Samba. Une consolidation souhaitée par le royaume en vue d’en faire le bras armé de son programme de développement économique «Vision 2030». Porté par le prince héritier Mohammed Ben Salmane, il a pour objectif de diversifier l’économie saoudienne pour la rendre moins dépendante des revenus issus du pétrole. Cette vaste transformation passe notamment par une série de privatisations dans laquelle la SNB joue un rôle de premier plan. Rien que cette année, le régulateur local a recensé 70 demandes d’introductions en Bourse, selon Bloomberg. La SNB joue également un rôle dans le financement des méga projets du royaume, via les émissions de dettes ou d’actions.
Un chemin déjà emprunté par le Qatar
Sa prise de participation dans Credit Suisse a ainsi «surpris» les analystes de JPMorgan qui s’étonnent que la banque «réalloue du capital en dehors des opportunités de croissance saoudiennes». L’Arabie Saoudite cherche, de fait, à diversifier ses investissements en dehors du royaume, comme l’a fait le Qatar en venant renflouer Barclays après la crise de 2008, ou encore en entrant au capital de Deutsche Bank en 2014. En février dernier, l’agence Bloomberg rapportait que la SNB était à l’affût de cibles en Europe et en Asie. Outre Credit Suisse, elle se serait intéressée à Julius Baer, DNS et Standard Chartered.
L’entrée au capital de Credit Suisse doit permettre à la SNB d’«élever ses capacités au niveau mondial», explique son président Ammar Alkhudairy dans un communiqué. Elle ambitionne de mettre la plateforme de Credit Suisse en gestion de fortune et en gestion d’actifs au service de la clientèle «en Arabie Saoudite et dans la région», en lui fournissant «les meilleurs services, produits et capacités pour répondre à ses besoins financiers».
La Banque nationale saoudienne espère conclure «des partenariats stratégiques dans des activités spécifiques» avec Credit Suisse à l’issue de l’augmentation de capital, fait-elle savoir. «Ces coopérations et partenariats seront soumis aux autorisations réglementaires et internes applicables ainsi qu'à la conclusion d’accords contraignants» entre les deux banques, précise-t-elle. Contactée par L’Agefi, Credit Suisse n’a pas voulu commenter.
La SNB se dit, par ailleurs, prête à participer à une éventuelle introduction en Bourse de CS First Boston, alors que Credit Suisse a annoncé jeudi la scission partielle de ses activités de conseil dans cette franchise américaine. La banque suisse a, dans le même temps, déclaré qu’elle souhaitait «attirer des capitaux tiers» au sein de First Boston. La SNB «pourrait participer à une future levée de fonds de Credit Suisse afin de soutenir la création d’une banque d’investissement indépendante axée sur les activités de conseil et les marchés de capitaux», fait-elle savoir.
Plus d'articles du même thème
-
BNP Paribas signe un trimestre record
En dépit des provisions face au risque géopolitique, la banque dirigée par Jean-Laurent Bonnafé a signé un résultat net record de 3,22 milliards d'euros au 1er trimestre 2026. Les objectifs à moyen terme sont confirmés. -
La Société Générale affiche un résultat net de 1,7 milliard d'euros au 31 mars 2026
La banque dirigée par Slawomir Krupa récolte les fruits de ses efforts sur les coûts, avec une performance au-dessus des attentes. Son coefficient d'exploitation s'améliore de plus de quatre points sur un an, pour atteindre 60,9 %. -
Lazard fait l'acquisition de Campbell Lutyens
Avec cette opération, la banque se renforce dans le conseil aux marchés privés pour 575 millions de dollars.
ETF à la Une
AllianzGI va bientôt lancer ses premiers ETF actifs en Europe
- Un nouveau vent de fronde souffle sur les certificats d’investissement du Crédit Agricole
- Revolut, un modèle bancaire singulier et valorisé à prix d'or
- Dassault Systèmes trouve enfin les mots pour rassurer les investisseurs
- Intel pulvérise les attentes grâce aux centres de données et à l'IA
- L’Italie de Giorgia Meloni présente un bilan économique mitigé
Contenu de nos partenaires
-
Vladimir Poutine met en garde Donald Trump contre une reprise des hostilités en Iran
Lors d'une conversation téléphonique entre les deux dirigeants, mercredi 29 avril, Vladimir Poutine a alerté Donald Trump sur les « conséquences dommageables » qu'aurait une nouvelle action militaire des États-Unis et d'Israël contre l'Iran -
Donald Trump dit envisager une réduction des forces armées américaines en Allemagne
Washington - Donald Trump a déclaré mercredi qu’il envisageait une réduction des forces armées américaines stationnées en Allemagne, après des propos vindicatifs contre le chancelier allemand à propos de la guerre en Iran. «Les Etats-Unis étudient et examinent actuellement la possibilité d’une réduction des effectifs militaires en Allemagne, et une décision sera prise très prochainement», a écrit le président américain sur sa plateforme Truth Social. Plus de 35.000 militaires américains étaient stationnés en Allemagne en 2024, selon le Service de recherche du Congrès, mais les médias allemands estiment que leur nombre est aujourd’hui plus proche de 50.000. Le républicain n’a cessé, lors de ses deux mandats, de critiquer vertement l’Otan et de brandir la menace d’une réduction des troupes américaines en Allemagne et dans d’autres pays européens. Sa décision mercredi de revoir les effectifs en Allemagne arrive au lendemain de vives critiques envers le chancelier allemand Friedrich Merz. Il l’a accusé de «ne pas savoir de quoi il parlait» sur l’Iran, après que le dirigeant allemand avait asséné que «les Américains (n’avaient) visiblement aucune stratégie» en Iran et jugé que Téhéran «humiliait» la première puissance mondiale. Après ces diatribes et avant la décision de Donald Trump d’envisager le retrait des troupes en Allemagne, le secrétaire d’Etat américain s’est entretenu mercredi au téléphone avec le ministre allemand des Affaires étrangères. Johann Wadephul et Marco Rubio ont abordé la question de l’Iran et l’importance de garantir la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz, selon le porte-parole du département d’Etat Tommy Pigott. Le chancelier allemand avait apaisé les tensions mercredi, disant que ses relations avec Donald Trump restaient «bonnes et inchangées». Mais Washington semble déterminé à mettre en place des mesures de rétorsion à l’encontre d’alliés occidentaux pour leur manque d’engagement dans la guerre en Iran. La semaine dernière, un article indiquait que les Etats-Unis envisageaient de suspendre l’Espagne de l’Otan et qu’ils pourraient revoir leur position concernant les îles Malouines en réponse au manque de soutien britannique à la guerre menée contre l’Iran. Washington a par la suite réaffirmé la neutralité concernant la souveraineté contestée des îles Malouines entre l’Argentine et la Grande-Bretagne, qui se sont livrées en 1982 à une guerre courte mais sanglante pour le contrôle de l’archipel, remportée par la Grande-Bretagne. © Agence France-Presse -
Guerre au Moyen-Orient : Washington évoque un long blocus des ports iraniens, le pétrole à 125 dollars
Washington - Le pétrole a bondi à plus de 125 dollars le baril jeudi après que les Etats-Unis ont évoqué la perspective d’un long blocus des ports iraniens, qui prolongerait d’autant la pression sur l'économie mondiale deux mois après le début du conflit dans le Golfe. Après avoir atteint mercredi des niveaux sans précédent depuis mi-2022 et l’invasion russe de l’Ukraine, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, s’est encore envolé de 7% jeudi, atteignant vers 4H45 GMT 125,60 dollars. C’est le double de son cours avant l’attaque lancée par les Etats-Unis et Israël contre l’Iran le 28 février, laquelle a fait des milliers de morts, principalement en Iran et au Liban, et dont les répercussions se font chaque jour un peu plus sentir pour l'économie mondiale. Si les armes se sont tues depuis un cessez-le-feu en vigueur depuis le 8 avril, le détroit d’Ormuz, par lequel transitait naguère un cinquième des hydrocarbures consommés dans le monde, reste soumis à un double blocus iranien et américain. Cette nouvelle flambée intervient après qu’un haut responsable américain a indiqué mercredi que la Maison Blanche envisageait de «poursuivre le blocus actuel pendant des mois si nécessaire». «Le blocus est un peu plus efficace que les bombardements», a commenté Donald Trump lui-même dans un entretien avec le site américain Axios. Au total, 42 bateaux ont été interceptés à ce jour alors qu’ils tentaient de «violer le blocus» et 41 tankers ne peuvent pas quitter l’Iran, selon l’amiral Brad Cooper, commandant américain pour le Moyen-Orient, qui a jugé le blocus «hautement efficace». Le marché pétrolier s’est encore emballé jeudi à la publication d’un article du média Axios affirmant que Donald Trump devait être briefé jeudi par l’armée sur de possibles nouvelles actions militaires contre l’Iran. «Désastre stratégique» Lors d’un entretien téléphonique, le président russe Vladimir Poutine a mis en garde Donald Trump contre les «conséquences dommageables» qu’aurait une nouvelle action militaire contre l’Iran, «non seulement pour l’Iran et ses voisins, mais aussi pour l’ensemble de la communauté internationale». «Les combats sont largement arrêtés, mais aucune solution durable n'émerge», ont relevé les experts du cabinet DNB, disant redouter une «impasse prolongée» alors que les pourparlers sont au point mort. Les Etats-Unis veulent «activer la pression économique et les divisions internes (...) pour nous affaiblir ou même nous faire nous effondrer de l’intérieur», a accusé le puissant président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf. Alors que ne se dessine aucune issue au conflit, le ministre américain de la Défense a eu droit mercredi à une volée de bois vert lors de sa première audition à la Chambre des représentants depuis le début du conflit. «Catastrophe géopolitique», «désastre stratégique», «incompétence», «blessure auto-infligée», «bourbier» et autres mensonges... les députés américains n’ont pas ménagé Pete Hegseth. Le chef du Pentagone a révélé que la guerre en Iran avait coûté 25 milliards de dollars jusqu'à présent, la justifiant par une question: «Quel est le prix à payer pour faire en sorte que l’Iran ne se dote jamais de l’arme nucléaire?» «Pas d’espoir» Les conséquences économiques du conflit se font particulièrement sentir en Iran, où la monnaie nationale, le rial, a atteint son plus bas face au dollar depuis l’avènement de la République islamique en 1979. «L’idée de revivre la guerre est terrifiante, mais nous n’avons pas non plus d’espoir quant à l’issue des négociations», confie a confié Ali, architecte téhéranais de 52 ans, joint par une journaliste de l’AFP à Paris. Si la trêve a été prolongée sine die, les deux camps n’arrivent toujours pas à s’entendre pour reprendre leurs négociations, après une première session infructueuse le 11 avril au Pakistan. Les Iraniens «ont intérêt à devenir intelligents, et vite!», a menacé Donald Trump sur son réseau Truth Social. Sur le front libanais, où Israël combat le mouvement pro-iranien Hezbollah, le chef d'état-major de l’armée israélienne, Eyal Zamir, a menacé de frapper le Hezbollah «au delà de la ligne jaune», qui délimite une zone contrôlée par ses troupes au sud du Liban, selon un communiqué militaire. Le président Joseph Aoun a appelé Israël à «pleinement mettre en oeuvre» le cessez-le-feu du 17 avril, avant toute négociation directe de paix entre les deux pays, dont il a dit attendre que les Etats-Unis fixent une date. Les opérations israéliennes au Liban ont fait plus de 2.500 morts et plus d’un million de déplacés depuis début mars, et 1,2 million de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire aiguë selon le Programme alimentaire mondial (PAM). les bureaux de l’AFP à Washington, Téhéran et Beyrouth © Agence France-Presse