Arkéa affiche sa solidité à l’aube d’échances cruciales au Crédit Mutuel
Les dirigeants du Crédit Mutuel Arkéa ont entamé hier une tournée d’automne pour mobiliser leurs troupes sur leur projet 2020... et sur l’avenir du groupe lui-même. A Brest, où étaient réunis 2.700 des 9.000 salariés d’Arkéa, les discours ont très largement porté sur la guerre interne qui oppose les Bretons à la Confédération nationale du Crédit Mutuel (CNCM), dominée par le pôle «Est» du Crédit Mutuel-CIC.
Alors que chaque camp compte ses points par prétoires et presse interposés, «quelques signaux nous parviennent que la Confédération pourrait arriver à ses fins» dans une procédure d’appel devant le Conseil d’Etat, qui doit statuer en cassation sur des documents qu’Arkéa refuse de transmettre à la CNCM, a annoncé hier Ronan Le Moal, directeur général du groupe qui fédère les Crédit Mutuel de Bretagne, du Massif Central et du Sud-Ouest. La décision de la haute juridiction administrative est attendue dans les «tous prochains jours, prochaines semaines» et «il y aura des remous médiatiques», a prévenu le dirigeant. Après avoir remporté la première manche de ce dossier au tribunal administratif de Rennes, saisi en référé par la CNCM, le groupe breton veut continuer à adresser directement aux régulateurs (ACPR et BCE) des «informations sensibles» sur son activité. Arkea défend farouchement son «autonomie» face à la volonté centralisatrice du CM-CIC. «C’est un long combat fait de plusieurs batailles. On peut en gagner, on peut en perdre, a prévenu Ronan Le Moal. Il ne faut pas céder à l’événement du jour.» Le groupe breton a ainsi voté la constitution de son propre organe central, tout en voulant conserver la marque Crédit Mutuel.
Une provocation de trop pour les cousins de Strasbourg. Le prochain conseil d’administration national se tiendra finalement le «20 décembre» et pourrait déboucher sur une procédure de sanction. Si la radiation de la caisse fédérale d’Arkéa était votée, «nous l’attaquerons fermement car le process n’a pas respecté tous les canaux qui font que la défense est respectée», prévient le dirigeant breton, qui cite notamment les lettres envoyées aux présidents des caisses d’Arkéa. Une tentative d’intimidation qui poussera Arkéa, le cas échéant, à contester une éventuelle sanction.
Malgré ce climat tendu, et les risques qu’il fait peser sur l’emploi local selon Ronan Le Moal, «notre groupe va bien, il va même très bien», a martelé hier Anne Le Goff, directeur général délégué. Au premier semestre, le produit net bancaire a progressé de 2,3% en rythme annuel, à 936 millions d’euros, tandis que le résultat net a bondi de 24%, à 187 millions d’euros. Le coefficient d’exploitation a toutefois crû de 0,9 point, à 70,2%. Arkéa surveille de près ses marges dans «les métiers cœurs historiques de banque de détail qui sont attaqués» par le contexte économique, les taux bas, la pression réglementaire et les nouvelles formes de concurrence et d’usage (fintech).
Le groupe a gagné 8,6% de nouveaux clients au premier semestre sous l’effet du rachat de la banque en ligne belge Keytrade (plus de 200.000 clients). Dans le cadre de son plan «Nouvelle Vague», qui doit être pleinement opérationnel mi-2017, il vise 100.000 particuliers supplémentaires. Pionnier dans l’accompagnement des fintechs (Leetchi, Linxo, etc), il souhaite notamment développer de nouveaux services d’agrégation de données et des outils de détection et d’analyse des besoins des clients grand public. Arkéa en compte aujourd’hui 3,2 millions, via ses réseaux physiques et en ligne.
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