Amazon met le feu au secteur des paiements en s’attaquant à Visa
C’est un coup de pression pour les organismes de paiement. Amazon a notifié à ses clients qu’il n’accepterait plus les cartes de crédit Visa britanniques en règlement des achats effectués sur son site ou via ses applications à partir du 19 janvier. Amazon justifie cela par « les frais élevés » prélevés par Visa, dans un message adressé à ses clients. La société précise que les cartes à débit immédiat ne seront pas affectées par cette décision. Les clients pourront aussi utiliser les cartes de crédit issues d’autres organismes, comme Eurocard, MasterCard ou American Express.
Le leader mondial du commerce en ligne n’a donc pas hésité à se mettre à dos le leader mondial des paiements numériques. «Nous sommes très déçus qu’Amazon menace de restreindre le choix des consommateurs à l’avenir», a déclaré un porte-parole de Visa dans un mail envoyé à la presse, dont L’Agefi. «Nous avons une relation de longue date avec Amazon, et nous continuons à travailler pour trouver une solution, afin que nos porteurs de cartes puissent utiliser leurs cartes de crédit Visa sur Amazon UK sans les restrictions imposées à partir de janvier 2022», a-t-il précisé.
La décision d’Amazon, si elle reste circonscrite à la Grande-Bretagne, apparaît largement supportable pour l’entreprise de paiement. Bloomberg Intelligence rappelle en effet qu’Amazon détient une part de marché de 25% sur le commerce en ligne en Grande-Bretagne, représentant un volume de 29 milliards de dollars (25 milliards d’euros) ou 0,26% des volumes totaux de Visa. Sachant que, dans les comptes annuels de Visa au 30 septembre 2021, les volumes de transactions opérées via les cartes de crédit hors Etats-Unis représentent environ 40% du total des transactions, le reste passant par les cartes de débit.
Réaction immédiate
L’initiative a néanmoins été prise très au sérieux, notamment par les autorités. Le régulateur des systèmes de paiement britannique, le Payment System Regulator (PSR) a ainsi réagi immédiatement et déclaré dans un communiqué qu’«il y a de vraies questions sur le fonctionnement du marché des cartes. Nous avons déjà souligné nos inquiétudes concernant les frais du système (…). Nous prenons note des mesures prises par Amazon et nous nous engageons avec toutes les parties concernées pour comprendre l’impact sur les personnes et les entreprises».
La réaction des marchés financiers a aussi été vive, le titre Visa perdant plus de 5% à l’ouverture à la Bourse de New York. Il existe en effet un danger que cette décision fasse tache d’huile et qu’elle reflète une volonté d’Amazon de revoir plus largement sa politique concernant les paiements. Une telle interdiction aux Etats-Unis aurait des répercussions bien plus importantes. Or, dans plusieurs pays, Amazon essaie depuis des mois de passer outre les sociétés de paiement. En France, par exemple, le site de e-commerce encourage les consommateurs, à l’aide de coupons de réduction, à effectuer leurs paiements par virement, en enregistrant un relevé d’identité bancaire sur le site, plutôt que leur carte bancaire.
Cette annonce pourrait n’être qu’un coup de semonce. Les analystes de Morgan Stanley cités par Bloomberg s’attendent par exemple «à ce que les entreprises parviennent à un règlement négocié, dont les détails ne seront probablement pas divulgués, mais qui n’auraient probablement pas d’importance pour les résultats de Visa». Cet avis est aussi partagé par d’autres analystes. Il n’empêche, le secteur entier des entreprises de paiement a souffert mercredi sur les marchés. L’action de Mastercard, par exemple, abandonnait aussi plus de 4% en Bourse hier dans la journée.
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