A la COP 26, les engagements de la finance pleuvent par milliards
Mark Carney, envoyé spécial des Nations unies pour l’action climatique et la finance, avait promis des annonces spectaculaires. Elles le sont. Lors de la journée dédiée à la finance à la COP 26 de Glasgow, mercredi 3 novembre 2021, l’ancien gouverneur de la Banque d’Angleterre déclare que le groupe d’acteurs financiers engagés dans une trajectoire de neutralité carbone, le Glasgow Financial Alliance for Net Zero (GFANZ), atteint 450 membres représentant 130.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion.
«Nous sommes arrivés à un moment de basculement», affirme Mark Carney. En sept mois seulement, le conseiller climat de Boris Johnson a réussi à mettre d’accord la planète finance alors que l’atteinte des objectifs de neutralité climatique réclamerait 125.000 milliards de dollars d’investissements dont 32.000 milliards pour les dix prochaines années.
«Des choux et des carottes»
La partie est pourtant loin d’être gagnée. Les engagements annoncés des banques, assureurs, fonds de pension, gestionnaires d’actifs, agences de crédit export, Bourses, fournisseurs d’indices, auditeurs, comptabilisent «des choux et des carottes», reconnaît un expert financier. D’abord, les 130.000 milliards de dollars d’actifs sous gestion ne seront pas tous orientés vers la neutralité climatique comme le serait un fonds climat dédié. En outre, des problèmes de double comptabilité d’actifs apparaissent dans les portefeuilles des acteurs. A eux seuls, les engagements dépassent les 121.000 milliards de dollars de capitalisation boursière mondiale ou les 123.500 milliards d’obligations, souligne le Financial Times. La réalité fait, elle, pâle figure. Environ 0,26% des fonds dans le monde seraient conformes à l’Accord de Paris selon le FMI. Le Carbon Disclosure Project aboutit de son côté à 0,5%.
Vérifier et suivre les engagements
Derrière l’averse de déclarations «Net Zero», le secrétaire des Nations unies, Antonio Guterres se pose la question de leur crédibilité. «Il y a un manque de confiance et trop de confusion dans les objectifs de neutralité et de réductions des émissions, avec des interprétations et des indicateurs différents», déclarait-il la veille, en annonçant la création d’un groupe d’experts pour analyser les engagements des acteurs privés.
La crédibilité est également au cœur des préoccupations de l’association de place Finance For Tomorrow. «En France, à travers l’Observatoire de la Finance Durable et le One Planet Data Hub, nous allons suivre les engagements de chaque acteur et la transformation des flux financiers pour s’assurer de leur impact sur l’économie réelle. Nous cherchons aussi à harmoniser les données individuelles pour savoir si collectivement, la Place est alignée sur les Accords de Paris», soutient Pauline Becquey, directrice générale de l’association, présente à Glasgow.
Des actions concrètes sont désormais attendues. «On entend partout parler des engagements Net Zero mais jamais de ce qu’il faut faire», lance Lucie Pinson, directrice de l’ONG Reclaim Finance, présente, elle aussi, à la COP 26. «On retrouve parmi les signataires du GFANZ, JPMorgan Chase, BlackRock, la Société Générale ou le Crédit Agricole qui financent largement les énergies fossiles et leur expansion», dénonce-t-elle.
Une partie des signataires a toutefois commencé à traduire ses engagements en objectifs précis et à court terme, soit 90 membres fondateurs du GFANZ dont 29 investisseurs institutionnels et 43 gestionnaires d’actifs. Ces institutionnels promettent ainsi des réductions de 25 à 30% des émissions carbone de leurs portefeuilles d’ici à 2025. «Mais il est très difficile de savoir ce qu’ils mettent réellement en œuvre en interne pour décarboner leur portefeuille», observe Anuschka Hilke, directrice du programme Institutions Financières chez Institute for Climate Economics (I4CE). On y vient, assure Pauline Becquey chez Finance for Tomorrow, «les acteurs financiers travaillent actuellement à décliner leurs engagements en termes techniques et en réallocation de portefeuille», avance-t-elle. Les nouveaux membres de la Net Zero Asset Owner Alliance (NZAOA) ont ainsi douze mois pour présenter des objectifs déclinant leurs engagements.
Charbon, pétrole et formation
Le chemin précis pour arriver à la neutralité carbone se dessine au fur et à mesure de l’évolution de la société et du savoir. «On ne sait pas comment arriver au Net Zero, il faudrait plutôt parler d’une ambition Net Zero», confie un gestionnaire d’actifs. Pourtant, une partie du chemin est bien connue. «Le rapport de l’Agence Internationale de l’Energie (AIE) est clair sur la fin du soutien au développement des énergies fossiles. Les investisseurs vont en plus disposer de toutes les données sur les émetteurs avec la Global Oil & Gas Exit List. Les acteurs financiers doivent cesser dès aujourd’hui leur soutien à l’expansion du secteur fossile, ce qui n’apparaît dans aucun des engagements du GFANZ», déclare Lucie Pinson.
D’autres actions de court terme sont capitales même si elles sont bien moins «sexy que des grandes annonces Net Zero», estime Anuschka Hilke. «Les acteurs financiers doivent en priorité renforcer leur formation et leur ‘capacity building’ depuis le conseil d’administration jusqu’au conseiller financier», déclare-t-elle. La gouvernance est appelée à évoluer. «Les questions de transition et d’adaptation devraient être intégrées dans toutes les décisions et procédures internes. Enfin, il serait nécessaire de rendre obligatoire la présentation des plans de transitions, compatibles avec un réchauffement de 1,5 degré», affirme-t-elle. Dans les semaines qui suivront la COP 26, les actes devront l’emporter sur les discours.
Plus d'articles du même thème
-
La victoire de Lula fait vaciller les marchés brésiliens
Le président brésilien sortant a battu Flavio Bolsonaro à la surprise générale avec 51,8% des suffrages. Les investisseurs avaient parié sur la victoire du fils de l’ancien président, plus pro-marché. Le real chute de 9% face au dollar et la Bourse de 14%. -
Les entreprises payent plus cher leurs émissions obligataires
Les transactions ont repris la semaine passée sur le marché primaire euro. La demande est là mais exige d'être rémunérée pour un niveau de risque jugé plus élevé. -
Microsoft propose à 60.000 salariés de quitter l'entreprise
Le géant américain de la technologie veut continuer à réduire ses effectifs. Il propose un plan de départ volontaire à plus d'un quart de ses salariés. Seuls les Etats-Unis, le Canada, l'Inde et le Royaume-Uni sont concernés.
ETF à la Une
Amundi commercialise ses premiers ETF actions gérés activement
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Le diable se cache dans les détails, Safran l'apprend à ses dépens
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
- Le taux souverain français dépasse 5%
Contenu de nos partenaires
-
IdiocratieParcoursup ou le tabou français de la sélection
Le gouvernement promet de réformer Parcoursup en 2027 avant de remplacer la plateforme en 2028. Derrière la mobilisation lycéenne, une bataille plus profonde se joue : celle de la sélection et de la valeur des diplômes -
Victoire à la PyrrhusBrésil : pourquoi le nouveau mandat de Lula s'annonce difficile
Le président brésilien de gauche peut se réjouir de sa spectaculaire remontada mais la forte progression du nombre de parlementaires bolsonaristes devrait compliquer son mandat -
EditorialVive la sélection à l’université !
Dans une société qui postule la singularité de chaque individu, la sélection ne peut pas ne pas exister. Et ce n’est pas une mauvaise chose