Les détenteurs d’actifs luttent contre les vents contraires en investissement durable
L’investissement durable reste bien ancré chez les détenteurs d’actifs malgré les obstacles. Ou du moins pour 415 d’entre eux, interrogés par FTSE Russell pour la huitième édition de son sondage sur l’investissement durable, avec 46 % de fonds de pension, 16 % de compagnies d’assurance, 16 % de fonds publics ou souverains et 14 % de fonds de dotation, fondations et family offices.
Si dans le monde, la sécurité énergétique tend à prendre le pas sur l’atteinte de la neutralité carbone, et si les sujets de diversité, équité et inclusion affrontent un rejet politique certain, l'étude FTSE Russell 2025 confirme que l’intérêt pour la durabilité se maintient à un niveau élevé chez les détenteurs d’actifs, quelle que soit leur région. Elle ne fait pas état d’un recul significatif des pratiques de ces grands investisseurs. Ils ont atteint un plateau depuis trois ans avec de 71 % à 74 % des répondants qui prennent en compte la durabilité dans leur stratégie d’investissement.
Le rapport laisse voir une certaine montée d’angoisse chez les investisseurs : ils sont désormais 85 % à se déclarer très inquiets envers le risque climatique, avec un bond de 9 points sur un an. En 2025, 80 % d’entre eux déclarent intégrer les considérations de durabilité et de climat dans leur processus d’allocation stratégique ou dans les indices utilisés, contre 28 % en 2021. Quelque 45 % des personnes interrogées indiquent que leur vision de l’investissement responsable est liée à leur statut d’investisseur universel, largement exposé aux marchés mondiaux et donc incapable de trouver une diversification loin des risques systémiques comme le risque climatique.
Changement de moteur
Les motivations des investisseurs institutionnels pour l’investissement durable montrent en revanche une évolution sur un an, dessinant un virage pragmatique. Plus de la moitié des répondants citent l’atténuation du risque à long terme (54 %) et l’obtention de meilleurs rendements ajustés du risque (56 %) comme raison à leurs investissements durables. Et tout cela découle de leur devoir fiduciaire, qui fait l’objet d’une prise de conscience chez les investisseurs, 42 % d’entre eux le citant cette année comme motivation, contre seulement 14 % en 2024.
Pour mettre en œuvre concrètement ces motivations et convictions, les détenteurs d’actifs favorisent pour 61 % d’entre eux l’intégration de critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) et pour 60 % l’investissement thématique ESG. Les facteurs sociaux sont néanmoins parmi les approches les moins citées avec seulement 27 % des répondants qui les évoquent. Le rapport montre par ailleurs qu’ils privilégient l’engagement et le dialogue avec les entreprises les plus émettrices de carbone (67 %) au désinvestissement (21 %).
L’analyse de FTSE Russell met en évidence des barrières persistantes à l’adoption de l’investissement durable sur l’ensemble des classes d’actifs. Ainsi, le risque réputationnel ou risque d’écoblanchiment est cité par 37 % des investisseurs, suivi par la disponibilité insuffisante de données ESG et l’utilisation d’extrapolations dans ce domaine. La principale récrimination porte enfin sur la fragmentation réglementaire : Près des deux tiers (60 %) se plaignent des différences entre les règles de divulgation et les taxonomies, soulignant le manque d’harmonisation entre les pays. De plus, 61 % ont identifié des difficultés à aligner les portefeuilles ou les indices sur les exigences en matière d’investissement durable ou de climat fixées par les régulateurs, en raison des différences persistantes entre les réglementations et les pratiques concrètes du marché de l’investissement.
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