Le fonds souverain norvégien a exclu Bolloré de ses investissements
Il ne fermera pas les yeux. Le fonds souverain de la Norvège, le plus important au monde avec 2.200 milliards d’euros, a exclu de son portefeuille d’investissement les entreprises liées au milliardaire Vincent Bolloré, invoquant des « violations des droits de l’homme ». Cette décision est lourde de conséquences. Le total des participations du fonds souverain dans le Groupe Bolloré représentait 90 millions de dollars en 2024, qui sont désormais réduites à néant. Ce désengagement massif fait suite à de multiples rapports d’abus sexuels commis dans des plantations de caoutchouc de la société Socfin, codétenues par le Groupe Bolloré en Afrique.
Le fonds souverain norvégien a indiqué dans son rapport publié le 26 février dernier, que son conseil avait entamé en 2024 un dialogue actionnarial avec le groupe Bolloré sur la « gestion des risques liés aux droits humains, à la violence sexuelle, au harcèlement et aux violations des droits du travail » chez Socfin. Après examen de la situation et sur la base de la recommandation de son conseil d’éthique, le conseil du fonds souverain norvégien a décidé d’exclure les sociétés détenues par Bolloré l’an passé, indique son rapport.
La rançon de l’inaction
En avril dernier, Bloomberg News avait publié une enquête basée sur des témoignages directs de harcèlement sexuel et de violence à l’encontre de plusieurs femmes travaillant dans les plantations de Socfin au Libéria et au Ghana. Des audits ont documenté des allégations similaires, y compris des cas de viol, sur les propriétés de l’entreprise en Sierra Leone et au Cameroun. Les récits des femmes victimes de ces exactions sont rapportés sur le site web de plusieurs organisations non gouvernementales, qui ont dénoncé les faits.
Selon Bloomberg, plus de 30 organisations à but non lucratif et groupes communautaires défendant les intérêts des personnes vivant à proximité des plantations de Socfin ont salué la décision du fonds souverain norvégien d’exclure le groupe Bolloré de ses investissements. Pour ces ONG, l’incapacité des dirigeants à protéger les femmes employées sur leurs plantations est intolérable. « Depuis trop longtemps, le groupe Bolloré affirme qu’il n’est pas responsable des abus auxquels nous faisons face autour des plantations de Socfin, et en conséquence, les abus ont continué. Il est grand temps que les investisseurs prennent des mesures contre Socfin et Bolloré. », a déclaré Félicité Ngo Bissou de l’Association des Femmes Riveraines de Socapalm Edéa au Cameroun.
Héritage colonial
Vincent Bolloré et sa famille sont les actionnaires majoritaires de Bolloré SE et de sa principale filiale, Compagnie de l’Odet SE, toutes deux ajoutées à la liste d’exclusion du fonds souverain norvégien le 26 février. Ils codétiennent Socfin Group, un archipel de plantations de caoutchouc et d’huile de palme réparties dans 10 pays d’Afrique et d’Asie du Sud-Est. L’autre actionnaire de Socfin est l’homme d’affaires belge Hubert Fabri. Cité dans plusieurs affaires judiciaires, il est surnommé « le roi du caoutchouc ».
En réponse à Bloomberg, le porte-parole de Socfin, a déclaré que la société « prend très au sérieux les allégations relatives aux droits humains et a renforcé ces dernières années son cadre de gestion responsable et de droits humains, y compris les mécanismes de recours et les mesures relatives à la politique ou à la prévention de la violence et du harcèlement fondés sur le genre ». Des déclarations qui n’ont pas convaincu le fonds souverain norvégien, connu pour son intransigeance sur ces questions d'éthique.
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