Le yen franchit le seuil majeur de 150 face au dollar
Le yen a chuté jeudi au-delà du niveau psychologique clé de 150 pour un dollar pour la première fois depuis 1990. La rupture de ce seuil majeur pour les opérateurs accroît la pression pour que Tokyo intervienne de nouveau sur le marché des changes afin de freiner la baisse incessante du yen. La devise s’est dépréciée de 23,2% cette année par rapport au dollar. La Banque du Japon (BoJ) est intervenue en septembre, vendant des dollars et achetant des yens pour la première fois depuis 1998, en puisant dans ses réserves. Une opération qui lui a coûté 2.800 milliards de yens (19,7 milliards de dollars). Mais cela n’a pas empêché la devise nippone de chuter à nouveau. Ces interventions sont rarement efficaces si elles ne sont pas coordonnées.
«Mesures décisives»
Le gouvernement n’a pas tardé à agir… verbalement. Le ministre japonais des Finances, Shunichi Suzuki, a déclaré qu’il «prendrait des mesures décisives» contre les mouvements excessifs et brusques du yen qui gênent les entreprises dans leurs décisions d’investissement. «Nous ne pouvons pas tolérer des mouvements excessifs et rapides du marché des changes motivés par des actions spéculatives», a-t-il prévenu. Les dirigeants politiques japonais ont signalé à plusieurs reprises qu’ils surveillaient la volatilité du yen, plutôt que de cibler un niveau spécifique, pour décider d’intervenir. Alors que le yen s’est légèrement repris en quelques minutes après avoir atteint 150, certains opérateurs ont pensé à une intervention de la BoJ mais cela n’a pas été confirmé. La devise japonaise s'échangeait à 150,19 pour un dollar en fin de journée jeudi.
La banque centrale a pour sa part intensifié ses efforts pour défendre son plafond de rendement obligataire en annonçant jeudi des offres d’achat d’obligations d’urgence. Elle a proposé d’acheter quelque 250 milliards de yens (1,67 milliard de dollars) d’obligations d'État avec des échéances allant de 5 à plus de 25 ans (100 milliards de yens avec des échéances de 10 à 20 ans, 100 milliards d’obligations avec des échéances de 5 à 10 ans et 50 milliards d’obligations avec des échéances supérieures à 25 ans).
La BoJ sous pression
Le problème est que l’effet de cette politique est limité car les rendements n’ont cessé d’augmenter, à leurs plus hauts niveaux depuis 2015 pour les échéances 5 ans et 20 ans. Le rendement de l’indice de référence de l’emprunt d’Etat japonais, le JGB à 10 ans, sur lequel porte le contrôle de la courbe, a brièvement touché 0,255% pour la deuxième journée consécutive, au-dessus du plafond de la politique de la BoJ, avant de reculer sous 0,25%.
Cette nouvelle baisse du yen met évidemment la BoJ sous pression avant sa réunion de politique monétaire la semaine prochaine, alors qu’elle devrait maintenir ses taux d’intérêt ultra-bas qui sont accusés d’avoir fait baisser le yen. Son gouverneur, Haruhiko Kuroda, a exclu à plusieurs reprises la possibilité de relever les taux ultra-bas de la banque ou de stopper sa stratégie de contrôle de la courbe pour modérer la tendance baissière du yen, pour ne pas rompre une reprise économique qui reste fragile alors que l’inflation progresse mais reste peu élevée.
La plupart des stratégistes de marché s’attendent à ce que la banque maintienne sa politique ultra-accommodante inchangée la semaine prochaine, mais certains disent qu’elle devra abandonner sa politique de contrôle de la courbe. Une décision difficile qui aurait des conséquences majeures pour l’ensemble des marchés de taux.
Plus d'articles du même thème
-
Le yen voit le bout du tunnel
Retrouvez comme chaque semaine le coup d'oeil de DeftHedge sur le marché des changes. -
Le Japon affirme sa normalisation monétaire en remontant ses taux
La Banque du Japon a relevé son principal taux directeur à 1,25%. L’absence de consensus au sein du Comité de politique monétaire laisse toutefois un doute sur le rythme qui sera adopté à l’avenir. -
La Banque du Japon porte ses taux à un sommet de plus de 30 ans
Cette décision était attendue mais le vote défavorable de deux des neuf membres de la banque centrale a surpris les investisseurs.
ETF à la Une
Le marché européen des ETF a d’ores et déjà collecté plus qu’en 2025
- La Société Générale aura du mal à contenter tout le monde avec son nouveau plan
- Le plan stratégique de la Société Générale fait la part belle à la réduction des coûts et à la croissance
- La coûteuse ardoise de la frilosité des épargnants français
- Les banques ne seront pas désintermédiées, elles seront tokenisées
- La Fed sort de l'ambiguïté en remontant ses taux
Contenu de nos partenaires
-
Sous-titresDonald Trump et l'ONU : la stratégie de l'amour-haine
Malgré sa rhétorique anti-multilatéraliste et ses coupes budgétaires, le président n'a pas encore tiré un trait sur les Nations unies -
Gestion de criseCarburants : le goutte-à-goutte de Lecornu
Le Premier ministre s'en tient à la stratégie éprouvée depuis mars malgré la pression. Mais l'argument de la dette qui empêche un geste plus large tiendra-t-il longtemps ? La décision de l'Allemagne de baisser ses taxes isole la France -
La Fabrique de l'OpinionLéon XIV en France : « Le plus important n’est pas que le pape soit admiré, mais qu’il soit écouté »
Le voyage du pape en France, qui s'annonce hors normes en termes d'affluence, intervient en pleine campagne présidentielle, et peu après la légalisation de l'aide à mourir, à laquelle l'Eglise est profondément opposée. Mgr Matthieu Rougé décrypte les enjeux et les attentes qui entourent cette visite.