La ruée des investisseurs sur les ETF n’est pas sans risque
Avec l’envolée de la Bourse américaine et l’appétit des épargnants, les offres de fonds indiciels cotés (ETF), qui répliquent la performance d’un panier d’actifs, se sont multipliées. Et les risques de bulle dans certains secteurs explosent.
L’enjeu est de taille cette année alors que, selon une récente étude de Morningstar, un montant record de 257 milliards de dollars a été investi dans des ETF aux Etats-Unis depuis le début de l’année. La somme a doublé par rapport à l’an dernier et plus de 500 ETF actifs ont été lancés cette année, selon Morningstar. Leur popularité n’atteint pas encore celle des fonds communs de placement aux Etats-Unis mais elle ne cesse de croître en raison de leur transparence, de leur fiscalité adoucie et de la facilité avec laquelle on peut les échanger.
On constate le même engouement en France. Dans une étude publiée en octobre dernier, l’Autorité des marchés financiers (AMF) soulignait que le nombre de particuliers investissant dans des ETF avait quasiment doublé dans le pays au troisième trimestre par rapport à l'été 2023. Et pour la première fois, les nouveaux investisseurs en ETF étaient plus nombreux que les nouveaux investisseurs en actions au dernier trimestre (57.000 contre 48.000).
Dans une étude publiée en mai sous le titre alarmant «Des fonds Ponzi», trois spécialistes des marchés financiers, sous la direction du professeur de la Harvard Business School Philippe van der Beck, pointaient les risques face à la profusion de certains de ces fonds dans un marché euphorique.
La ruée vers les ETF a entraîné la création de produits de plus en plus segmentés pour attirer les clients en quête de diversification et de rendement supplémentaire. Mais cette polarisation sur des thématiques pointues, telles que la génétique, la photonique, ou la santé animale, peut obliger les gérants à investir sur des paniers d’actifs très concentrés et souvent très peu liquides.
Un gonflement artificiel des cours
L'étude des trois co-auteurs, qui porte sur les années 2019 à 2024, tend ainsi à démontrer que, dans ces cas-là, la rareté des titres à acquérir va conduire à une hausse mécanique de leur valeur sous le poids des achats du fonds et nourrir artificiellement la propre performance («rendement auto-entretenu») de l’ETF sans aucun lien avec les fondamentaux du panier ciblé.
Et plus l’ETF présentera de bonnes performances, plus il suscitera l’intérêt de clients potentiels, ce qui en retour lui procurera de nouveaux fonds à investir qui viendront à leur tour gonfler de manière artificielle leur rendement dans une boucle sans fin.
Les auteurs de l'étude prennent bien garde de préciser qu’il ne s’agit pas typiquement d’une pyramide de Ponzi, qui reste une escroquerie au plan juridique et dans laquelle les fonds collectés auprès des nouveaux entrants sont destinés aux organisateurs du montage. Car dans le cas des ETF, la réallocation du capital s’effectue sur le marché et ne constitue pas un transfert de capital direct vers l’organisateur. Mais l’issue d’un tel schéma est en revanche souvent similaire à celle d’une pyramide de Ponzi. Lorsqu’il devient plus difficile de recruter de nouveaux investisseurs ou que nombre d’entre eux veulent retirer leurs fonds, la chute des prix devient inéluctable.
A lire aussi: En novembre, les ETF actions frôlent les 30 milliards d’euros de collecte
La prudence est donc recommandée dans les choix des ETF, notamment en étudiant la composition du panier d’actions et leur liquidité et en ne se bornant pas uniquement à son rendement ou à sa thématique.
A moins évidemment de vouloir tirer profit de futurs effondrements. L'étude relève notamment que «la chasse aux ETF auto-entretenus», susceptible de prédire leurs krachs ultérieurs, a conduit à une réallocation quotidienne de 500 millions de dollars pour ces seuls fonds depuis 2019. En moyenne, le panier d’ETF identifiés dans l'étude comme étant soumis à des «rendements auto-entretenus» a subi de sévères corrections par rapport à ses sommets et effacé la quasi-totalité de ses gains. Et le krach de ces fonds n’intervient jamais avant la première année après laquelle ils ont connu leur envolée, selon les calculs des économistes.
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