Les fonds d’infrastructures embauchent pour accompagner leur croissance

le 25/01/2023 L'AGEFI Hebdo

Alors que la plupart des classes d’actifs sont à la peine, le financement d’infrastructures continue de faire l’objet d’allocations importantes. Et recrute de nouveaux talents.

Les fonds d’infrastructures embauchent pour accompagner leur croissance
L’équipe d’Ardian dédiée aux infrastructures est passée de 40 à 65 personnes.
(Adobe stock)

«Visibilité sur le long terme, faible volatilité, capacité à bénéficier de l’inflation, et performances qui dépassent souvent les 15 %.» Managing director dans l’équipe infrastructure d’Ardian, Gonzague Boutry résume les raisons qui expliquent l’appétence des investisseurs pour cette classe d’actifs. Afin d’accompagner la croissance des collectes de fonds et de l’activité, les sociétés de gestion ont dû étoffer leurs effectifs. L’équipe est passée de 40 à 65 personnes chez Ardian et de 70 à une centaine à la Banque des Territoires de la Caisse des dépôts et consignations (CDC). Chez Infravia, elle a doublé ces trois dernières années et réunit 60 personnes. «Nous avons aussi dû élargir notre champ de compétences car si ce secteur se limitait, il y a une quinzaine d’années, aux autoroutes, avec une équipe composée de profils financement de projet, Infravia gère aujourd’hui un portefeuille de 10 milliards d’euros dans le digital, la transition énergétique, la santé, l’éducation ou le transport. Avec des chargés d’investissement plus généralistes et polyvalents et davantage orientés business», explique Vincent Levita, fondateur et directeur général d’Infravia.

Diversité des parcours

Pour piloter des deals de plus en plus complexes, les équipes infrastructure misent aussi sur des experts affichant une double compétence. «Chez nous, la plupart sont des couteaux suisses dotés d’une solide expertise financière ou juridique, et qui maîtrisent au moins un sujet infrastructure qu’ils ont développé en banque d’investissement, en société de gestion, dans l’industrie ou dans la sphère publique», confie Antoine Troesch, directeur des investissements de la Banque des Territoires. Cette diversité des parcours se retrouve aussi dans la pyramide des âges. A la Banque des Territoires, les équipes infrastructure sont composées à tiers égal de collaborateurs en début, milieu et fin de carrière. Même constat chez Mirova. « Nous recrutons beaucoup de jeunes en alternance, que l’on transforme ensuite en CDI, ou en sortie d’écoles d’ingénieurs ou de commerce, de Sciences Po ou des masters en finance de Dauphine », détaille Aude Rouyer, directrice RH et RSE de Mirova, où 25 personnes composent l’équipe infrastructure. Pour les profils plus seniors, la cooptation constitue le canal de recrutement privilégié.

Pour attirer les talents sur un marché de l’emploi contraint, les équipes infrastructure misent sur leur ADN. « Ce que l’on vend aux candidats, c’est le dynamisme d’une classe d’actifs passionnante, qui a gagné en visibilité ces dernières années », souligne Laurent Fayollas, senior managing director au sein de l’équipe infrastructure d’Ardian. Chez Mirova, la quête de sens constitue un argument clé pour séduire les candidats. « Lorsque vous annoncez en entretien que vous êtes une entreprise à mission depuis deux ans, et que vous êtes aussi labellisés B Corp, l’argument fait en général mouche », assure Aude Rouyer. Infravia met de son côté en avant la culture maison. « Comme dans une équipe de rugby, notre mode de fonctionnement marie organisation, engagement, solidarité et prise d’initiatives », assure Vincent Levita.

Ces arguments ont convaincu Reda Benkarim, 31 ans, de rejoindre Infravia fin 2021 comme investment manager. Un an plus tard, cet ancien de l’équipe de Natixis à Dubai a déjà participé à deux transactions. « J’interviens dès l’origination, en identifiant des secteurs et entreprises susceptibles de correspondre à notre stratégie d’investissement, dévoile cet ingénieur de 31 ans diplômé de l’Insa Lyon et du master en stratégie de l’Essec. Une fois convaincus par une opportunité, nous nous lançons dans son exécution. Pendant la transaction, je suis notamment responsable de la construction du modèle de valorisation avec différents scénarios de sensibilité. J’analyse également les documents contractuels et les due diligence avec nos conseils. Puis je présente le deal au comité d’investissement. Lorsque celui-ci est conclu, j’accompagne le management de l’entreprise dans le développement de sa stratégie long terme, dans l’optique de préparer la vente qui intervient en général au bout de sept ou huit ans. »

Fidélisation

Depuis qu’elle a rejoint l’équipe infrastructure d’Ardian comme analyste en mai dernier, juste après l’obtention du master 224 banque et finance de Dauphine, Alix Richet, 24 ans, a, elle, été mise à contribution sur la prise de participation majoritaire du fonds au capital de Green Yellow, un fournisseur d’électricité verte qui appartenait au groupe Casino. « Pour exercer ce métier, il faut être rigoureux et exigeant, et en même temps être autonome. Et comme j’ai la chance de participer à de nombreuses réunions opérationnelles, j’ai le sentiment d’avoir une courbe d’apprentissage très rapide », livre cette Franco-Canadienne. « Alix a également le profil idéal pour rejoindre dans deux ans le ‘millennial comex’, une structure qui regroupe des jeunes talents issus de toutes nos activités et qui a pour mission d’insuffler des idées nouvelles au comex sur des sujets comme le digital, l’IT où les RH, ajoute Gonzague Boutry. Elle aura aussi l’opportunité de travailler en immersion pendant trois à six mois dans l’une de nos sociétés en portefeuille, dans le cadre d’un programme que nous venons de lancer. » Toutes ces initiatives RH visent à fidéliser les équipes en place, avec un credo simple. « Si l’on donne des responsabilités très vite à nos jeunes collaborateurs, c’est pour les faire grandir et, à terme, qu’ils rejoignent l’équipe des managing directors, comme de nombreux membres de l’équipe qui ont commencé comme analyste », assure Laurent Fayollas.

Un passage par les infrastructures permet aussi d’ouvrir de nombreuses portes. « A la Banque des Territoires, vous pouvez basculer vers d’autres classes d’actifs comme l’immobilier ou travailler dans l’une de nos antennes en région, fait savoir Antoine Troesch. Vous pouvez également bénéficier de mobilité dans les autres entités du groupe sur des fonctions plus opérationnelles de gestionnaire d’infrastructures ou de directeur financier. »

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