Le « sans-CV » gagne la banque
Lundi 5 novembre, boulevard des Italiens, à Paris. Un point de rencontre : le « 19 LCL », siège historique du Crédit Lyonnais, sous les câbles entrelacés d’une sculpture aérienne contemporaine atténuant un peu la solennité de l’atrium. L’appel a été lancé quelques semaines plus tôt via les réseaux sociaux – LinkedIn et Facebook –, message également diffusé aux réseaux d’alumni de l’entreprise, relayé par Pôle Emploi et affiché dans les 600 agences d’Ile-de-France : « Venez sans CV ». Une opération inédite de LCL, qui cherche à ferrer, d’ici à la fin de l’année, une centaine de profils bac+2 sur des postes de conseillers pour ses agences franciliennes.
Ce n’est pas la première fois que la « banque urbaine », qui veut attirer du sang neuf, sort du cadre. En septembre dernier, elle a reçu une quarantaine de candidats sur une terrasse parisienne. Au printemps, une opération avait été montée avec des candidats présélectionnés pour conclure des CDI en deux heures chrono (incluant les tests techniques et les entretiens RH et manager). Avec réponse définitive dans les 48 heures ! Des événements rondement menés, qui témoignent autant des tensions sur le marché de l’emploi que d’une volonté de dépoussiérer l’embauche. Laquelle démange tout le secteur. Si l’événementiel est déjà de mise pour attirer les très courtisés profils « IT » (afterwork « Data-Dev-Cybersécurité » au MK2 VR pour BNP Paribas, soirée « Adopte ta boîte » pour BPCE), le Crédit Agricole a aussi invité de potentiels conseillers clientèles au cinéma en septembre dernier (lire l’entretien).
« Dans la banque, les procédures de recrutement n’ont guère évolué depuis vingt ans. Tout le monde se dispute les licences banque et les masters banque-finance. Nous faisons les mêmes entretiens, avec les mêmes candidats, convient Thierry Boissier, directeur des ressources humaines de l’Ile-de-France chez LCL. Le recrutement sans CV n’est pas franchement nouveau [la méthode a notamment été prônée par l’Apec dès 2009, NDLR], mais pour le secteur bancaire, c’est une première. » Et le DRH a de quoi être satisfait : plus de 250 candidats ont répondu à l’appel. « Outre des profils que nous n’avons pas l’habitude d’accueillir, nous avons eu la surprise de voir arriver des salariés de la concurrence, s’amuse le DRH. La démarche plaît. Elle est perçue comme un gage d’ouverture d’esprit. »
Remplacer le tri de CV
Reçus de 10h à 19h par un collaborateur de LCL (directeur régional, directeur d’agence, recruteur…), les intéressés ont eu 10 minutes – souvent un peu plus – pour démontrer leur sens du service client et leurs qualités commerciales. « L’exercice n’est simple ni pour eux ni pour nous, admet Thierry Boissier. L’idéal est de laisser parler les candidats 80 % du temps. Mais cela nécessite une certaine préparation de leur part, et le premier réflexe, pour beaucoup, a été de sortir leur CV ! Nous avions donc quelques questions ciblées pour les aider. C’est leur personnalité, leur capacité d’adaptation que nous sommes allés chercher ! » Pour le reste, chaque prise de poste s’accompagne d’un parcours de formation ad hoc, explique-t-il.
Le bilan de la journée ? Cent-vingt candidats ont obtenu un avis favorable pour poursuivre le processus de recrutement (ils devaient être recontactés sous huitaine). « C’est une opération qui remplace le tri de CV, résume le DRH. Je suis sûr que certains des profils validés n’auraient pas franchi cette étape autrement. Certes, nos managers ont l’habitude de recevoir des candidats atypiques : cela fait trois ans que nous avons élargi notre cible à tous les profils ayant déjà eu des expériences commerciales significatives hors secteur bancaire. Nous avons également monté un programme d’insertion professionnelle pour de jeunes sportifs issus des quartiers sensibles en partenariat avec l’Agence pour l’éducation par le sport (Apels)*. Mais nous n’avions jamais eu de candidatures aussi diversifiées. »
Fouzia Fatmi, directrice régionale dans les Yvelines, a pour sa part reçu une quinzaine de personnes de tous âges – dont quelques-uns ne connaissant rien à la banque. Et dit avoir approuvé les deux tiers des candidatures. « La journée a été innovante, intéressante et enrichissante, avec des échanges très libres, assure-t-elle. J’ai demandé aux candidats de présenter leurs atouts et d’expliquer ce qu’ils pouvaient apporter à LCL. S’il leur était parfois difficile de ne pas se raccrocher à leur parcours, tous se sont prêtés au jeu. Et j’ai eu de belles surprises », souligne la directrice, pour qui « le relationnel client » a fait toute la différence.
Sans même savoir si sa candidature sera retenue, Jeanne est conquise : « Ce sont des amis qui m’ont fait part de l’opération, et j’ai décidé d’y aller après mon travail, explique cette salariée de back-office qui œuvre actuellement en sous-traitance pour une banque. D’habitude, c’est plutôt mon CV qui parle. Mais le CV ne dit pas tout. L’entretien n’a pas été difficile, même si j’ai été un peu impressionnée au début : ce sont juste deux personnes qui font connaissance professionnellement. Et le recruteur peut se faire une meilleure idée du candidat. C’est une très bonne initiative ! »
Thierry Boissier en est convaincu : le recrutement sans CV doit prendre toute sa place dans la boîte à outils des recruteurs de LCL : « Il ne va pas occulter les autres canaux. C’est un moyen complémentaire. » Détail non négligeable, « il permet aussi de travailler la diversité ! ».
*Plusieurs banques participent aujourd’hui à ce programme de recrutement (BNP Paribas, BPCE, la Société Générale).
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