Après la COP 21 de 2015, « 2016 sera une année active sur le climat », prédit Ian Cochran, program director au sein de l’Institute for Climate Economics, qui s’exprimait au cours d’un atelier consacré à la décarbonation des portefeuilles et organisé dans le cadre du Forum Gestion Institutionnelle. D’ores et déjà, certaines sociétés de gestion et investisseurs institutionnels s’activent sur le front de la décarbonation des portefeuilles. Plusieurs méthodes peuvent être utilisées, rappelle Ian Cochran : les désinvestissements, l’engagement actionnarial ou des investissements différents. « Si on veut réduire l’empreinte carbone des portefeuilles, il faut commencer par mesurer cette empreinte, même si cette mesure n’est pas exacte », rappelle toutefois Grégory Schneider-Maunoury, responsable ISR d’Humanis Gestion d’Actifs, soulignant toute la complexité de l’exercice. Humanis gère 12 milliards d’euros dont un peu moins de 2 milliards d’euros en actions. « Nous avons commencé par mesurer l’empreinte carbone de ce portefeuille actions et nous nous sommes rendu compte qu’elles étaient trente fois supérieures aux émissions de notre groupe. Ainsi, l’empreinte carbone de notre portefeuille actions représente 97 % de nos émissions », relève Grégory Maunoury-Schneider. Ensuite, Humanis a identifié les secteurs et les entreprises qui ont le plus d’émissions et le plus la capacité de les réduire. L’idée pour l’investisseur est de s’approprier cette décarbonation et de trouver des idées, sachant que « nous ne pouvons pas utiliser les instruments traditionnels de la gestion d’actifs ». Par ailleurs, Humanis s’intéresse beaucoup aux « green bonds », qui permettent de financer un projet environnemental. Pour choisir les obligations vertes, Humanis cherche à savoir combien de tonnes de CO2 seront évitées grâce au projet. Cela permet d’assurer aussi le suivi du dossier. Chez Meeschaert Asset Management, Aurélie Baudhuin, responsable de la recherche ISR, observe qu’il est difficile de se limiter à un chiffre brut concernant la mise en place de l’empreinte carbone. « Il faut voir l’évolution dans la durée à la fois au niveau des portefeuilles, mais aussi concernant les valeurs en portefeuilles. Il faut aussi ajouter des éléments prospectifs et trouver d’autres métriques sur l’environnement », indique-t-elle. Meeschaert AM a par ailleurs fait l’expérience du désinvestissement, puisque dans le cadre du fonds Ethique et Partage géré en partenariat avec le CCFD, la société de gestion a dû sortir des énergies fossiles, afin de respecter le souhait de l’association. Il se trouve que cela ne concernait qu’une seule entreprise : Statoil. « Certes, cette société est considérée comme la meilleure de son secteur, mais nous avons respecté la décision de notre partenaire et nos clients ont très bien accueillis la nouvelle », explique Aurélie Baudhuin. « Et ces derniers mois, il n’était pas compliqué d’être absent de ce secteur », ajoute-t-elle.