Une décision de sortie de l’Union européenne - ou « Brexit » - de la part du Royaume-Uni engendrerait une période durable d’incertitudes et aurait une incidence négative sur la qualité de crédit des entreprises établies au Royaume-Uni, notamment celles du secteur automobile, du secteur manufacturier, de l’industrie alimentaire et de la boisson, mais aussi les sociétés issues du secteur de services, estime Moody’s Investors Service. Un grand nombre d’entreprises seraient susceptibles de freiner leurs investissements jusqu'à ce que les conséquences précises d’un Brexit en termes d'échanges commerciaux, d’investissements, de réglementations et de coûts salariaux, soient clarifiées. Néanmoins, un délai de deux ans, voire davantage, pourrait être nécessaire au Royaume-Uni pour formaliser son retrait du Traité sur l’Union européenne, période au cours de laquelle Moody’s s’attend à une avancée des négociations susceptible de déboucher sur des accords alternatifs. Ce délai laisserait par ailleurs le temps à ces entreprises de s’adapter à l’environnement post-Brexit dans lequel elles seraient amenées à évoluer. Intitulée « Non-Financial Corporates and Infrastructure Companies - Brexit Would Create Prolonged Uncertainty Until Alternative Agreements Emerge », cette étude de Moody’s est disponible sur www.moodys.com. « Pour les entreprises, le plus grand risque de crédit à court terme inhérent à un Brexit tient aux incertitudes qu’il ferait peser au niveau des échanges commerciaux, des réglementations sectorielles et de la mobilité de la main-d’oeuvre. Il faut s’attendre à ce que certaines sociétés réduisent leurs investissements jusqu'à qu’elles aient une meilleure visibilité sur ces questions. Néanmoins, compte tenu du délai de deux ans potentiellement nécessaire avant que le Brexit ne devienne effectif, les décisions de notation, s’il en est, se limiteront a priori dans un premier temps à un petit nombre de révisions de notation » souligne Richard Morawetz, Group Credit Officer au sein du département Corporate Finance de Moody’s et principal auteur de cette analyse. « Si un Brexit s’avérait clairement préjudiciable en termes d'échanges, d’investissements ou de coûts salariaux et finissait par nuire à la rentabilité des entreprises, les révisions de notation pourraient, sur le long terme, être plus significatives », précise R. Morawetz. Cependant, au vu de l’importance des liens commerciaux existant, le Royaume-Uni et l’UE seraient, l’un comme l’autre, fortement incités à en minimiser les effets. Sous réserve de nouveaux accords, des droits de douane à l’importation seraient, dans le sillage d’un Brexit, imposés par l’UE à un grand nombre d’entreprises britanniques, notamment des droits de 10% sur les automobiles applicables à des fabricants comme Jaguar Land Rover Automotive Plc (noté Ba2, perspective positive) et Aston Martin holdings (UK) Limited (B3, stable). Les chaînes d’approvisionnement des entreprises industrielles important depuis l’UE pourraient également être frappées par de nouvelles taxes douanières ou barrières non tarifaires.Les changements réglementaires seraient significatifs mais pourraient s’avérer positifs ou négatifs dans certains secteurs où la réglementation britannique est limitée par les directives européennes nécessitant des investissements importants dans le domaine des infrastructures d’approvisionnement en eau, d'énergie et de télécommunications. Ainsi, s’agissant du secteur des télécoms, le règlement communautaire de juin 2015 visant à supprimer d’ici 2017 les frais d’itinérance pour les voyageurs au sein de l’UE ne serait pas automatiquement appliqué au Royaume-Uni si ce dernier se prononçait en faveur d’une sortie, sachant que certains opérateurs britanniques comme Vodafone Group Plc (noté Baa1, perspective stable) ont déjà supprimé ces frais. A noter que Moody’s a également publié ce mardi 22 mars une étude examinant les conséquences d’un éventuel Brexit sur certains autres secteurs comme le secteur bancaire, l’assurance et les financements structurés, ainsi que sur des émetteurs publics tels qu’universités et collectivités locales. (“Cross-Sector – UK and EU Brexit Presents Modest and Manageable Credit Challenges for Exposed Issuers”).