Les banques françaises abordent en ordre dispersé la sortie du pétrole et du gaz
Les banques françaises continuent d’accompagner la transition énergétique, mais le réalignement de leurs portefeuilles ne peut se faire en « une nuit », rappelle un dirigeant de la place. Ce mouvement de longue haleine a débuté par le charbon : la plupart des grandes banques françaises seront toutes, à horizon 2030, sorties de cette industrie dans les pays de l’OCDE. Quitte à exclure certains clients dans des pays comme l’Allemagne et la Pologne et à perdre un peu de produit net bancaire en cours de route. Pointée par les ONG comme Reclaim Finance et Oxfam, BNP Paribas indique même n’avoir à ce jour qu’une «exposition résiduelle au charbon ».
Mais un autre défi, de taille, se pose aux institutions financières : celui de la réduction du financement d’autres énergies fossiles. Etant donné le poids de ces dernières dans l’économie, le chemin est long. La Fédération Bancaire Française (FBF) estime qu'à la fin de 2021 les prêts aux hydrocarbures ne représentaient plus que 23 milliards d’euros, soit 0,27% du total du bilan des banques françaises. Des chiffres qui ne portent que sur les crédits, et laissent de côté les autres activités de financement (en equities et en obligations). Les banques françaises continuent, par ailleurs, de financer des entreprises comme TotalEnergies qui développe des projets pétroliers et gaziers en Afrique.
Un calendrier de sortie du pétrole
Mais les lignes commencent à bouger. Le Crédit Agricole, qui a mis à jour ce 6 décembre les objectifs annoncés dans le cadre de son plan « Ambitions 2025», a annoncé qu’il ne financerait plus de nouveaux projets d’extraction de pétrole à horizon 2025. Une première dans l’Hexagone. Natixis, la banque de grande clientèle de BPCE, avait de son côté annoncé en mai 2020 ne plus financer de projet d’exploration et de production de pétrole et de gaz de schiste dans tous les pays du monde où elle opère.
BNP Paribas, le Crédit Agricole, la Société Générale et La Banque Postale ont, à ce jour, fixé un calendrier de sortie sur le pétrole et le gaz. BNP Paribas indique à L’Agefi que l’extraction et la production de pétrole et de gaz ainsi que leur raffinage ne représentent à fin 2021 que 1,3% de l’intégralité des crédits à l’économie que la banque accorde. La banque de la rue d’Antin s’est engagée à réduire les financements liés à l’exploration-production de pétrole de 25% d’ici à 2025 (et de 12% sur l’ensemble du secteur pétrole et gaz). En suivant cette trajectoire, BNP Paribas devrait sortir totalement du pétrole d’ici à 2037. Une décision cohérente alors que l’Union européenne a décidé d’imposer l’arrêt de la commercialisation des véhicules thermiques neufs en 2035.
La Société Générale avait, de son côté, été l’une des premières banques à annoncer en 2020 un objectif de réduction de son exposition au secteur pétrolier et gazier d’ici à 2025 (de l’ordre de -10%). Un objectif qu’elle a relevé fin octobre à -20%. Le Crédit Agricole relève aussi son objectif de réduction à -25% dans le cadre de son plan à horizon 2025.
Une sortie du gaz plus difficile
Au grand dam de Reclaim Finance, seuls La Banque Postale - dont l’activité de financement de la grande clientèle est bien plus réduite – et le Crédit Mutuel se sont, à ce jour, engagés à ne plus financer l’expansion de la production de gaz. «Le sujet du gaz est plus délicat car la transition ne peut se faire qu’à long terme en ayant développé les énergies alternatives. La crise actuelle du gaz russe nous le rappelle de manière criante», souligne un dirigeant de la place.
Comme le remarque Crédit Agricole SA, «stopper uniquement le financement des énergies fossiles permettrait de ‘verdir’ rapidement le bilan de la banque, mais pénaliserait toutes les populations encore dépendantes de ces énergies sans les accompagner dans leur propre transition». C’est la raison pour laquelle les banques françaises investissent en parallèle dans le soutien aux énergies renouvelables. Selon l’étude de la FBF, pour un euro de financement accordé aux énergies fossiles, quatre euros sont aujourd’hui investis dans les énergies vertes. «La transition de l’économie européenne vers le bas-carbone s’accélère et notre priorité est de la financer. Comme toute transformation industrielle, elle peut donner l’impression de piétiner au début, mais nous pouvons aider le pivotement à devenir une réalité. C’est l’objectif de nos désengagements des énergies fossiles, de nos financements des énergies renouvelables et des moyens très importants que nous allouons à la transition des clients de tous les secteurs», rappelle BNP Paribas.
Plus d'articles du même thème
-
Jeudi noir pour la tech à Wall Street
Le marché américain a connu sa pire séance depuis avril 2025 et le Liberation Day de Donald Trump. Les valeurs technologiques liées à l'IA restent au centre des préoccupations. L'indice Nasdaq a basculé en territoire de correction avec plus de 10% de baisse par rapport à son record. -
La Banque d’Angleterre élève son étendard faucon
La banque centrale a relevé son taux directeur pour la première fois depuis plus de trois ans tout en laissant la porte ouverte à d’autres hausses. Une décision plus unanime qu’anticipée. -
Rheinmetall paie encore les incertitudes entourant ses commandes publiques
Le spécialiste allemand de l’armement, qui a une nouvelle fois abaissé sa prévision de chiffre d’affaires annuel, table désormais sur une stabilité de sa marge d’exploitation.
ETF à la Une
Près d’un quart de la collecte d'octobre sur les ETF en Europe s’est dirigé vers les actifs américains
- Jean-Pierre Thomas (TVI) : «Il n’y a pas de dossier Thomas Vendôme Investment mais un dossier Malakoff Humanis»
- Les gérants confirment leur confiance dans les marchés actions américains
- Crédit Mutuel Arkéa avoue être victime d'une cyberattaque historique
- 2CRSI n’arrive pas à se remettre d’une attaque d’activiste
- Parvus accentue sa pression sur la gouvernance d’Accor
Contenu de nos partenaires
-
Règle d’or budgétaire : l’offensive politique du RN à l'épreuve d'un calendrier intenable
Au lendemain du rejet du budget, Jordan Bardella veut voter « en urgence » la règle d’or pour l'inscrire dans la Constitution. Or, les délais et le contexte politique rendent intenable son calendrier express -
« Sur les réseaux sociaux, l'agressivité attire l’attention des électeurs, sans pour autant les convaincre »
La somme phénoménale de douze milliards de dollars a été dépensée pour la publicité politique à la télévision et sur les réseaux à l'occasion de la campagne des élections de mi-mandat aux Etats-Unis. Avec quels résultats ? -
DésinformationPrésidentielle : la campagne otage des algorithmes
Une partie de l’échiquier politique s’inquiète de voir l’élection présidentielle biaisée par la prolifération de faux contenus et l’opacité entretenue par les plateformes, dont la responsabilité est pointée du doigt