Les assureurs du risque cyber se divisent sur le paiement des rançons
Les critiques émises à l’encontre des assureurs cyber français ne sont pas restées lettre morte. Concentrées sur une accusation d’incitation au paiement des rançons, elles ont motivé la suspension de la garantie optionnelle cyberrançonnage d’Axa France lundi. Une garantie qui avait été rajoutée en 2020 après la création du produit de l’assureur en 2014.
La décision vient mettre la lumière sur les différences de pratiques sur le marché, qui pèse 130 millions d’euros en 2020. Generali, qui a lancé son produit en 2017, n’a jamais payé de rançon. «Nous ne voulons pas alimenter un système délinquant. D’autant plus que le paiement d’une rançon ne garantit en rien la libération des données ni la disparition du virus qui pourrait être réactivé», explique Bernard Duterque, directeur souscription des risques spécialisés chezGenerali France. Au contraire, la branche française d’Hiscox, assureur spécialisé anglo-saxon, le fait, dans une logique de différence de culture. L’assureur ne compte pas modifier sa politique, à l’image d’autres acteurs du marché qui n’ont pas souhaité s’exprimer publiquement sur ce sujet délicat.
Une clarification demandée
La décision d’Axa n’est toutefois que temporaire, justifiée par les critiques qui trouvent leur essence en l’absence d’un cadre clair : «Il est primordial que les pouvoirs publics concrétisent leur position sur ce sujet afin de permettre à tous les acteurs de marché de jouer pleinement leur rôle», explique une porte-parole d’Axa. La Fédération française de l’assurance (FFA) rappelle ainsi que le paiement d’une rançon ne constitue en rien une infraction. Tous s’accordent sur ce même point : «Personne ne souhaite aboutir au paiement des rançons, le préalable est de créer un écosystème de la cybersécurité et d’avoir encore plus de cerveaux et de bras, qui manquent pour le moment, tant le besoin est grand pour préparer et défendre nos entreprises», indique Frédéric Rousseau, responsable de marché cyber chez Hiscox France. «Une évolution réglementaire serait la bienvenue», continue Bernard Duterque.
La clarification demandée concernant l’assurabilité des rançons pourrait intervenir bientôt, la direction générale du Trésor ayant demandé un rapport «pour travailler sur le sujet et aboutir à des recommandations». «Les assureurs conduisent des investigations et diligentent des experts afin de vérifier que l’utilisation de cette rançon n’alimente pas le financement du terrorisme», rassure déjà l’organisation.
Une politique de prévention et d’acculturation aux risques
«Les produits restent techniques», reconnaît Bernard Duterque. Les produits d’assurance cyber sont organisés autour de deux pôles. Le premier concerne un gros volet assistance ou service qui consiste globalement à aider les clients en cas d’attaques cyber. Le second un volet dommages subis, comprenant dans certains cas un système depaiement des rançons demandées et les indemnisations de sinistres engendrés par l’arrêt de l’exploitation, et un volet dommages au tiers. Mais un autre problème majeur est pointé du doigt : «Les clients nous répondent souvent qu’ils se considèrent trop petits pour être intéressants pour un hacker alors que les PME représentent plus de 50% des entreprises visées.»
Une acculturation au risque qui s’accompagne d’une nécessaire politique de prévention : «Toute l’assistance consiste à éviter cette finalité (paiement des rançons), en s’appuyant notamment sur le triptyque contrôle des accès efficace, sécurisation de la sauvegarde et surveillance/résilience du système informatique», défend Frédéric Rousseau. Par exemple, «la France rattrape son retard en termes d’investissement dans la sécurité informatique, toutefois il reste encore à insister sur la formation des personnes, 65% des attaques de ransomware proviennent de phishing.»
Plus d'articles du même thème
-
Moody's épargne la France en maintenant sa note inchangée
Alors que beaucoup pronostiquaient une dégradation de la note de la France par Moody's, l'agence de notation l'a laissée inchangée, anticipant une réduction du déficit en 2027. -
La correction sur les actions pèse sur l’or
Le métal jaune n’a pas joué un rôle d’actif refuge dans la récente baisse, contrairement aux emprunts d’Etat américains et allemands, mais plutôt de source de financement des pertes sur d’autres actifs. Il est également affecté par les taux élevés, perdant près de 15% depuis fin août. -
La Chine reconstitue activement ses stocks de pétrole brut
D’après les données de Kpler, les stocks de pétrole en Chine sont au plus bas. Le pays augmente ses achats depuis juillet afin de les reconstituer, profitant de l’offre disponible au Moyen-Orient, avant une éventuelle escalade du conflit.
ETF à la Une
La collecte des ETF obligataires bondit de 60% début octobre en Europe
- Une panne de Google Cloud a paralysé Revolut et d'autres banques plusieurs heures
- La Société Générale rend 54 salariés de sa filiale titres à UniCredit en Italie
- Les OAT décrochent après les troubles en France
- Banquiers et assureurs activent les mesures d’urgence post-mouvements sociaux
- Bred Banque Populaire rachète des activités d’Oddo BHF en Allemagne
Contenu de nos partenaires
-
RépitMoody's maintient sa note, la France garde son crédit
Surprise vendredi soir, l'agence Moody's a maintenu sa note Aa3 pour la France, avec perspective négative. Sébastien Lecornu a salué une décision qui « déjoue les pronostics déclinistes ». -
Arrête-moi si tu peux« On ne va pas faire campagne six mois comme ça » : à Amiens, Raphaël Glucksmann cherche à contourner l’obstacle LFI
Le candidat social-démocrate a consacré son premier déplacement post-primaire à la jeunesse, tout en justifiant son choix de ne pas aller dans des manifestations lycéennes où il fait face à un climat d’hostilité entretenu, selon lui, par l’extrême gauche -
Tirs à Trappes et à La Verrière : Laurent Nuñez dénonce « un crime terroriste »
Le ministre de l’Intérieur s’est rendu à Trappes (Yvelines) après qu’un homme a abattu une personne et en a blessé cinq autres dans la matinée. Le maire dénonce un « attentat à connotation raciste ».