Jan van Eck : « Les mutual funds vont progressivement disparaître aux Etats-Unis, au profit des ETF »
L’Agefi : Quelle est l’histoire et la philosophie de VanEck, qui fête cette année ses 70 ans ?
Jan van Eck : VanEck a été fondée en 1955 par mon père, John van Eck. Il avait repéré des opportunités d’investissement en Europe et au Japon, deux régions alors en pleine reconstruction après la Seconde Guerre mondiale. Comme aucun fonds ne couvrait ces marchés, il a décidé d’en créer un. Il est surtout connu pour avoir lancé, en 1968, le premier fonds or aux Etats-Unis. Aujourd’hui, nous gérons le plus grand ETF de sociétés minières aurifères au monde.
Dès 2006, nous nous sommes lancés dans les ETF, qui représentent désormais 95 % de nos 160 milliards de dollars d’encours. Pour nous développer en Europe dans ce domaine, nous avons acquis Think ETF Asset Management aux Pays-Bas en 2018, qui constitue aujourd’hui notre pôle européen. Nous gérons 30 milliards de dollars en Europe après un doublement de notre croissance depuis le début de l’année. En dehors de cette zone et des Etats-Unis, nous avons des fonds locaux en Australie et au Brésil. C’est l’essentiel de notre empreinte internationale.
Notre philosophie de gestion est d’avoir une approche innovante qui reste notre fil conducteur depuis 70 ans : observer le monde – sous l’angle politique, économique ou technologique - pour identifier les risques et les opportunités, et concevoir des produits qui permettent aux investisseurs d’en tirer parti.
Avoir une approche innovante est notre fil conducteur depuis 70 ans
Aujourd’hui, quelles opportunités voyez-vous ?
Ce qui transforme le monde en ce moment, c’est clairement l’intelligence artificielle. Nous continuons d’investir dans ce domaine car nous n’y voyons pas encore de bulle. La demande ne cesse d’augmenter et les coûts de production des acteurs qui l’utilisent diminuent. Des entreprises comme OpenAI ont même déjà commencé à révolutionner le commerce en ligne. Aujourd’hui, les consommateurs demandent à ChatGPT quelles chaussures acheter ! OpenAI travaille avec Walmart et Shopify et se retrouve ainsi en concurrence directe avec Amazon. Les Gafa n’ont plus besoin d’autant de développeurs informatiques et leurs coûts ne cessent de diminuer. Dans le secteur des jeux vidéos aussi, l’impact est très important.
Les cryptomonnaies constituent également un domaine clé. En 2017, nous avons été la première société d’ETF à déposer une candidature pour un ETF bitcoin aux Etats-Unis, alors que le bitcoin valait environ 3.000 dollars. C’était le début, mais nous y voyions déjà une forme « d’or moderne ». Jusqu’à présent, le marché nous donne raison.
Nous avons désormais plusieurs ETF exposés à différentes cryptomonnaies et avons lancé en début d’année un ETF géré activement et investi sur plusieurs cryptomonnaies. Ce produit vise les investisseurs qui souhaitent s’exposer à cet univers sans suivre en permanence les évolutions technologiques - il y en a certainement beaucoup sur le marché américain !
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La régulation américaine vous laisse-t-elle aujourd’hui la liberté de lancer les produits que vous souhaitez dans le domaine des cryptoactifs ?
Aujourd’hui, oui. Nous y arrivons enfin. L’introduction du projet de loi sur les stablecoins, a créé un cadre qui permet désormais aux Etats-Unis de lancer des stablecoins adossés au dollar sans être une banque. C’est essentiel : cela permet à des sociétés purement technologiques d’entrer dans le domaine des paiements, sans passer par les banques. Ce cadre a été conçu pour favoriser l’innovation.
Considérez-vous que c’est une bonne chose de ne pas passer par les banques ?
Oui, absolument. Je pense même que c’est extraordinaire. Les banques ont toujours joué un rôle central dans le financement de l'économie et l’octroi de crédits. Cependant, toutes les institutions n’ont pas toujours agi de manière responsable, ce qui a conduit par le passé à des crises financières et à la nécessité d’un soutien public. Ce modèle présente un déséquilibre structurel. Depuis la crise financière mondiale, toutefois, les activités de prêt les plus risquées ont de plus en plus migré vers le marché du crédit privé, où les fonds n’offrent généralement pas de rachats quotidiens. À mon avis, cette évolution représente un modèle plus sain et plus durable.
Votre entreprise est restée familiale depuis sa création. Cela continuera-t-il après vous ?
J’ai succédé à mon père en 1996 et suis devenu CEO en 2010. Nous avons aujourd’hui une équipe formidable. Etre une entreprise familiale et non cotée nous apporte une grande stabilité et la liberté de travailler sans pression à court terme, en nous concentrant sur la qualité.
Par exemple, nous avons lancé un ETF nucléaire aux Etats-Unis en 2007. Les premières années ont été difficiles : les encours stagnaient à moins de 20 millions de dollars. Mais nous avons maintenu le fonds, convaincus de son potentiel, et nous avons eu raison : il connaît aujourd’hui un succès remarquable avec 3,5 milliards de dollars d’encours (au 18 novembre 2025, ndlr).
Notre indépendance nous permet de rester fidèles à nos convictions
Vous ne souhaitez donc pas être rachetés ?
Non, jamais ! Ce n’est pas notre ambition.. Nous avons une superbe équipe, et nous aimons travailler ensemble. Nous sommes fiers de notre indépendance, elle nous permet d’innover rapidement et de rester fidèles à nos convictions.
Comment vous positionnez-vous face aux géants des ETF comme BlackRock ou Vanguard ?
Nous ne faisons pas de beta bon marché - ce n’est pas notre terrain de jeu. En revanche, dans certaines catégories, nous proposons des ETF mieux conçus, à frais attractifs, et surtout avec une forte dimension thématique.
C’est notre style : partager des idées et des convictions. Si nous obtenons un peu de succès dans ces domaines, c’est parfait. Nous ne cherchons pas à devenir un autre BlackRock.
Mais dans certains segments, comme les semi-conducteurs ou l’or, nous faisons même mieux qu’eux. Nous rivalisons fonds après fonds, en mettant l’accent sur la qualité et les objectifs de rendement pour les investisseurs.
Quels nouveaux produits avez-vous récemment lancés ?
Nous avons lancé aux Etats-Unis un fonds crypto géré activement, ainsi qu’un fonds dédié aux gérants de private equity et de private credit, c’est-à-dire les managers eux-mêmes. Nous avons aussi introduit aux États-Unis deux ETF gérés activement qui visent à offrir une répartition sectorielle fidèle du marché actions américain. En Europe, nous avons lancé Quantum ETF, qui exploite le potentiel de l’une des technologies les plus transformatrices de notre époque.
Enfin, nous lançons un fonds d’investissement dans des entreprises non cotées en phase avancée (late stage), notamment pour investir dans OpenAI et SpaceX.
Pensez-vous que les mutual funds finiront par disparaître au profit des ETF ?
Oui, cela se pourrait. Les mutual funds vont progressivement disparaître aux États-Unis, au profit des ETF, qui bénéficient d’un avantage fiscal majeur.
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