La BCE met en garde contre l’exubérance de l’immobilier et des marchés
Attention à la correction. «La récente reprise économique dans la zone euro s’est accompagnée d’une reprise de l’activité des entreprises qui a atténué nombre de nos pires craintes concernant les cicatrices économiques et la hausse du risque de crédit» provoquées par la crise du Covid, reconnaît Luis de Gindos, le vice-président de la Banque centrale européenne (BCE), en introduction du rapport de stabilité financière publié mercredi. Mais «entre-temps, un certain nombre de vulnérabilités se sont intensifiées», prévient-il, employant même le terme d’«exubérance».
«Les marchés d’actions et d’actifs à risque ont conservé leur dynamisme, ce qui les rend plus sensibles aux corrections. Il y a eu des exemples d’acteurs établis du marché qui ont exploré des investissements plus nouveaux et plus exotiques. Parallèlement, les marchés du logement de la zone euro ont connu une expansion rapide, et rien n’indique que les normes de prêt se durcissent en conséquence», explique Luis de Gindos.
Politique macroprudentielle
Au deuxième trimestre de 2021, les prix de l’immobilier dans la zone euro ont augmenté à leur rythme le plus rapide depuis 2005, souligne le rapport de la BCE, avec une «croissance des prix des logements, de l’ordre de 7% au niveau agrégé de la zone euro». «Dans certains pays, la vigueur des marchés de l’immobilier résidentiel s’accompagne d’un dynamisme des prêts hypothécaires, et l’on observe une détérioration progressive des normes de prêt (…). Les niveaux élevés et croissants d’endettement des ménages contribuent également à accroître les vulnérabilités à moyen terme dans certains pays», ajoute la BCE, ce qui renforce «les arguments en faveur d’une nouvelle activation des mesures de politique macroprudentielle».
En France, le Haut conseil de stabilité financière (HCSF) a déjà adopté en septembre dernier une décision juridiquement contraignante visant à durcir les conditions d’octroi des prêts immobiliers. Cette norme entrera en vigueur dès janvier 2022, ancrant dans la durée les recommandations annoncées dès décembre 2019 et revues en décembre 2020.
Volatilité spéculative des crypto-actifs
La BCE voit également «des signes d’exubérance sur certains segments des marchés financiers, alors que les rendements réels baissent et que la recherche de rendement se poursuit». Tout lien avec la politique monétaire serait purement fortuit...
«L'évolution soutenue des prix des actifs financiers suscite des craintes de surévaluation sur certains marchés, ce qui accroît la probabilité de corrections du marché», poursuit-elle. Elle identifie plusieurs déclencheurs possibles : «une reprise économique plus faible que prévu», «des ajustements brusques des attentes du marché concernant la trajectoire future de la normalisation de la politique monétaire», ou «des pressions inflationnistes plus persistantes que prévu (qui) pourraient pousser les rendements nominaux à la hausse et mettre les valorisations sous pression».
«Au-delà des marchés principaux, certains segments de marché plus exotiques, tels que les marchés des crypto-actifs, restent également sujets à des accès de volatilité spéculative, la popularité croissante des stablecoins renforçant les liens entre les marchés des crypto-actifs et les marchés financiers classiques», ajoute la BCE.
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