Les dégradations des locaux de BlackRock France devant la justice
Les images avaient ému la place financière parisienne. Le 10 février dernier, dans l’immeuble Le Centorial, les bureaux français de BlackRock, plus grosse société de gestion au monde, étaient envahis et dégradés par des militants de l’association activiste Youth For Climate. «BlackRock meurtrier !», «BlackRock assassins !» pouvait-on lire sur les murs entre autres tags peu amènes envers le gestionnaire d’actifs tandis que la moquette des lieux avait été repeinte de symboles de la mouvance anarchiste.
Du côté de BlackRock France, l’affaire était close dès le lendemain des faits. La succursale française du gestionnaire a souhaité rapidement tourner la page, mettant en avant les engagements environnementaux pris par BlackRock en début d’année via son directeur général Larry Fink (la firme a pris plusieurs engagements dont celui de se désinvestir dès cette année des entreprises tirant plus de 25% de leurs revenus de la production de charbon thermique, NDLR).
Des peines de 2 et 5 ans de prison ferme encourues
BlackRock n’a donc pas initié de poursuites judiciaires à l’encontre des militants avec qui le dialogue a tourné court. En revanche, le ministère public a poursuivi deux des 17 militants qui se trouvaient dans les bureaux de la firme au moment des faits. Le premier, poursuivi pour avoir filmé les dégradations, encourt jusqu’à deux ans de prison ferme assortis d’une amende de 20.000 euros. Le second, renvoyé en correctionnelle pour complicité de dégradation de biens commise en réunion, risque cinq ans de prison et 70.000 euros d’amende.
Leur procès aurait dû se tenir le 24 juin devant le tribunal correctionnel de Paris mais la défense des deux prévenus a demandé le renvoi de l’affaire. De fait, le procès se tiendra le 4 novembre prochain. Selon les informations de L’Agefi, personne ne s’est pour l’heure constitué partie civile dans ce dossier. «Nous avons demandé le renvoi de l’affaire car nous n’avons pas encore accès à l’intégralité du dossier», indique Me Alexis Baudelin, avocat du militant poursuivi pour complicité de dégradation de biens, à L’Agefi. Les autres militants ont, eux, fait l’objet de rappels à la loi et écopé, dans certains cas, de travaux d’intérêt général.
Me Baudelin voit dans cette procédure judiciaire «une continuité de celles entamées par le parquet vis-à-vis des militants écologistes», qui se basent sur le fondement d’organisation de manifestations non déclarées. Il estime que les autorités judiciaires veulent faire «un exemple» du procès des dégradations des locaux de BlackRock. «Les autorités veulent désormais aller jusqu’au procès. Il y a une volonté de criminaliser ce type d’actions», dit-il.
Me Baudelin rappelle d’abord que BlackRock était «un plan B» décidé sur l’instant après l’échec d’une action planifiée dans les locaux de la Société Générale à La Défense. «BlackRock était une cible parmi d’autres dans une vision plus générale de ces associations de cibler les entreprises pollueuses», ajoute l’avocat. Selon lui, la médiatisation de BlackRock via le documentaire d’Arte et les articles de différents médias sur sa prétendue influence dans la réforme sur les retraites ainsi que sur la légion d’honneur de Jean-François Cirelli (président de BlackRock France, NDLR), publiés entre novembre et février, a probablement joué un rôle.
Les locaux de BlackRock France au Centorial avaient d’ailleurs été visés une première fois par des manifestants syndicalistes de la SNCF et de la RATP venus protester contre la réforme des retraites le 7 janvier mais avaient été contenus dans le hall d’accueil du bâtiment.
Une action «volontairement spectaculaire»
Interrogé par L’Agefi sur la forme pour le moins radicale de l’action menée chez BlackRock en février, l’avocat estime que cette action, totalement assumée par son client et les autres militants, était «volontairement spectaculaire, sans aucune agression physique sur des personnes, pour marquer et alerter l’opinion publique tant sur les enjeux climatiques et sociaux que sur les raisons pour lesquelles certains investissements de BlackRock sont néfastes». D’après lui, une manifestation classique n’aurait pas eu le même retentissement. «Cette action rend visible un type d’entreprises particulièrement soucieuses de leur image. Elle peut avoir un impact sur leur politique d’investissement», affirme Me Baudelin. Quelques voix au sein de l’industrie de la gestion d’actifs en France considèrent néanmoins que l’affaire a fait davantage de publicité que de tort à BlackRock auprès des investisseurs français.
Plus d'articles du même thème
-
Vanguard s’offre Altruist pour élargir l’accès au conseil financier
En mettant la main sur Altruist, le géant américain de la gestion d’actifs renforce son ancrage auprès des conseillers financiers indépendants et parie sur l’IA pour démocratiser le conseil patrimonial. -
Amundi se renforce aux Etats-Unis grâce à Victory Capital
Son partenaire s'offre First Eagle pour quelque 7 milliards de dollars, une opération qui combine cash et titres. -
Franklin Templeton va distribuer son fonds monétaire tokenisé en Asie
Franklin Templeton a conclu un partenariat avec HashKey Holdings Limited, acteur asiatique des actifs numériques, pour distribuer son fonds monétaire tokenisé, le Franklin OnChain U.S. Government Liquidity Fund (grBENJI), auprès des investisseurs en actifs numériques d’Asie. Le fonds sera distribué sur la plateforme de trading agréée du groupe, HashKey Exchange. -
Les fonds allemands ont enregistré une collecte de 74 milliards d’euros au premier semestre 2026
Avec cette collecte et les performances de marché, les encours de la gestion d’actifs allemande s’élevaient à 5.199 milliards d’euros fin juin, selon les données de l’association locale des gestionnaires d’actifs BVI. -
Les gestionnaires d’actifs cotés en Bourse pavoisent au premier semestre 2026
Les records d’encours, la collecte et la maîtrise des coûts ont été particulièrement détaillés lors des présentations des résultats semestriels des sociétés de gestion cotées en Bourse. -
iM Global Partner renforce son expertise obligataire avec Longfellow IM
La plateforme multi-gestion annonce un partenariat avec Longfellow Investment Management afin de renforcer son offre à revenu fixe.
ETF à la Une
Les ETF actifs engrangent plus de 89 milliards de dollars de collecte en juillet
- Alain Krief devient global CIO d’Edmond de Rothschild AM
- Vanguard sort trois fonds Ucits actions mondiales
- Laiqon propose une gestion de fonds assistée par l’IA dans un ETF
- Les fonds de dettes privées gonflent toujours davantage
- Aladdin, Goldman Sachs AM, CPRAM… Ce qu’ils ont confié à L’Agefi depuis le début de l'année
Contenu de nos partenaires
-
OutsidersA Sens, la farandole des « plans B » de la présidentielle
Parce que le jeu n'a jamais paru aussi ouvert que pour 2027, ils sont nombreux, à droite comme à gauche, à rêver de créer la surprise à l'automne -
EXCLUSIF CoulissesCes patrons qui murmurent à l'oreille de Gabriel Attal
Le candidat Renaissance à la présidentielle, qui se revendique « pro-business », s'entoure d'un conseil composé d'une dizaine de chefs d'entreprise -
Un jour, mon fils, tout ceci sera à toiLa taxation de l'héritage, une impasse française
Pour financer la baisse des prélèvements sur le travail, la gauche relance l'idée d'alourdir la taxation des gros héritages, avec des espoirs de rendement probablement surestimés. La droite, elle, reste insensible à l'augmentation du patrimoine hérité et refuse toute hausse de la fiscalité