Les signes de surchauffe de l’activité américaine font grimper les rendements
Le mouvement d’aplatissement de la courbe des taux américaine s’offre un répit. Le rebond tant attendu des rendements longs est enfin arrivé, avec le franchissement hier du seuil des 3,11% atteint en mai sur le 10 ans, et même celui de 3,20% pour la première fois depuis mi-2011. Il affiche ainsi une hausse d’environ 40 pb depuis fin août équivalente à celle sur le 30 ans, mais supérieure à celle de 25 pb du rendement 2 ans, liée à un repricing sur les anticipations de taux Fed funds, après la publication de chiffres d’activité aux Etats-Unis toujours plus solides. La courbe américaine s’est légèrement repentifiée par le haut, avec une hausse du spread entre les rendements 2 et 10 ans de 15 pb depuis août à environ 35 pb, alors que la pente entre les maturités 10 et 30 ans est restée stable.
Le franchissement du seuil symbolique de 3,20% sur le rendement 10 ans coïncide avec la publication de l’indice d’activité ISM manufacturier, à un niveau de 61,6, inégalé depuis le record historique de 62 signé en août 1997, suggérant un rythme de croissance du PIB américain de 5%. «Au sein de l’indice, la composante emploi a atteint un record depuis 1983 de 62,4, indiquant 500.000 créations de postes dans le secteur privé, qui envoie le signal que l’économie américaine n’est pas seulement solide, mais en pleine explosion», indique SG CIB. Les chiffres ADP montrent 230.000 emplois créés en septembre, avant les chiffres officiels publiés aujourd’hui. «Une croissance de 4% au deuxième semestre pousserait le rythme de resserrement au-delà des projections actuelles des membres de la Fed», estime Natixis.
Si Jerome Powell, le président de la Fed, a estimé que le niveau de taux reste accommodant, mais qu’il devra être relevé au-delà du taux neutre, des voix dissonantes au sein du FOMC s’inquiètent des signes de surchauffe de l’économie pouvant précipiter la prochaine récession. Charles Evans, président de la Fed de Chicago, a ainsi appelé à réexaminer la stratégie de la Fed pour traiter ce risque, et Robert Kaplan de la Fed de Dallas ne souhaite pas remonter le taux au-dessus de 2,5%. De son côté, Eric Rosengren de la Fed de Boston a alerté sur le maintien prolongé du taux de chômage sous son niveau soutenable, constituant un signe de déséquilibre qui risque de provoquer une accélération de l’inflation, et menacer la stabilité financière. Or, «l’histoire montre que le consensus n’a jamais prévu les récessions», rappelle Natixis.
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