Pour Larry Fink, le conflit ukrainien sonne le glas de la mondialisation
Larry Fink, directeur général de BlackRock, a livré ses réflexions sur l’ « attaque brutale » de la Russie sur l’Ukraine et d’autres sujets dans sa lettre annuelle transmise aux actionnaires de la société de gestion américaine ce jeudi.
« L’ampleur des actions entreprises par la Russie va perdurer pendant des décennies et marquera un tournant dans l’ordre mondial géopolitique, les tendances macro-économiques et les marchés de capitaux », écrit Larry Fink. Selon le patron de BlackRock, l’invasion russe en Ukraine a « mis un terme à la mondialisation telle que nous l’avons connue au cours des trois dernières décennies » et alors même que les deux années de pandémie de Covid avaient «mis à rude épreuve» la connectivité entre les nations, les entreprises et même les personnes. BlackRock, rappelle-t-il, n’a jamais eu d’investissements significatifs en Russie pour ce qui concerne la majorité de ses portefeuilles et l’impact direct du conflit pour le gestionnaire reste faible. Son exposition aux actifs russes pour le compte de ses clients lui aurait fait perdre environ 17 milliards de dollars de valorisation.
Cinquante nuances de marron et de vert
Parmi les potentiels impacts de l’invasion russe en Ukraine, Larry Fink évoque entre autres l’accélération des monnaies digitales et le fait que la guerre incitera les pays à réévaluer leurs dépendances sur le plan monétaire. Il précise que BlackRock étudie les monnaies digitales et crypto-monnaies stables (stablecoins) ainsi que les technologies sous-jacentes de ces actifs.
Dans sa lettre, Larry Fink évoque à nouveau la question de la transition énergétique. Le gestionnaire a récemment été tancé pour son double discours sur le sujet des énergies fossiles, en particulier auprès d’Etats américains pour le moins réticents à délaisser le pétrole.
« BlackRock continue de s’engager auprès de ses clients pour les aider à opérer la transition énergétique. Cela implique de continuer à travailler avec des compagnies spécialisées dans les hydrocarbures qui jouent actuellement un rôle essentiel dans l’économie actuelle et en joueront un dans toute transition couronnée de succès. Pour assurer que les prix de l’énergie restent abordables durant la transition, les énergies fossiles et le gaz naturel seront un important moteur de la transition », reconnaît Larry Fink pour qui il faudra passer par plusieurs nuances de marron et de vert pour arriver à la transition net zéro carbone.
Pas de retraite en vue mais le plan de succession est déjà là
Le directeur général de la plus grosse société de gestion au monde, cotée depuis 1999, admet par ailleurs que la performance de l’action BlackRock sur les premiers mois de 2022 s’avère « décevante », Larry Fink étant lui-même un important actionnaire de l’entreprise. Il se montre toutefois optimiste quant à la remontée du cours de l’action et la capacité de BlackRock à surmonter les défis actuels.
Enfin, le directeur général de BlackRock évoque ses salariés passés de huit personnes aux débuts de la société il y a près de 35 ans, à 18.400 aujourd’hui. S’il concède que la firme, issue à l'époque d’un «spin-off» de BlackStone, a évolué avec succès dans un environnement majoritairement virtuel ces deux dernières années, certaines conversations ne peuvent pas se tenir via un appel vidéo. « Les interactions virtuelles ont tendance à suivre un agenda serré et un récit linéaire. Nous perdons l’espace, la créativité et la connectivité émotionnelle qui découlent du fait d'être ensemble en personne (…) Nous risquons de manquer la fertilisation croisée des idées si nous ne réunissons pas les gens en personne au bureau. Je continue de croire que le travail en commun, la collaboration et le développement de nos collaborateurs en personne sont essentiels pour l’avenir de BlackRock », écrit Larry Fink, qui plaide cependant pour une flexibilité entre travail au bureau et à domicile pour garder les talents dans l’entreprise.
Ce dernier n’envisage pas encore de prendre sa retraite mais assure qu’un plan et un processus de succession « mûrement réfléchis » sont déjà en place pour son poste de directeur général mais aussi pour chaque dirigeant senior de la compagnie dont le rôle est «crucial» pour gérer l’activité de BlackRock. «J’ai toujours dit que mon objectif était de faire en sorte que, lorsque tous les partenaires fondateurs de BlackRock, y compris Rob Kapito et moi-même, auront quitté l’entreprise, celle-ci soit dans des mains encore meilleures qu’aujourd’hui», rappelle-t-il. La société vient d’ailleurs d’enregistrer le départ de Ben Golub, un de ses co-fondateurs et co-responsable de l’analyse quantitative et du risque. Il continuera cependant de conseiller le gestionnaire.
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