Moody’s pointe du doigt les risques de refinancement de l’Espagne et de ses banques

La perspective d’une dégradation de la note pourrait nuire à l'émission d’obligations à 10 et 15 ans prévue aujourd’hui
Elodie Cuzin, à Madrid

Moody’s a annoncé hier dans la matinée mettre sous perspective négative la note Aa1 de la dette souveraine espagnole. L’agence ne s’attend cependant pas à ce que le pays ait besoin de solliciter l’aide européenne, ni que sa solvabilité soit menacée.

L'écart entre les taux espagnols à 10 ans et le Bund allemand est monté jusqu'à 260 points de base hier matin avant de retomber. Le rendement des obligations à 10 ans a atteint jusqu'à 5,64%, alors même que le Trésor prévoit aujourd’hui d'émettre entre 2 et 3 milliards à 10 et 15 ans. En novembre dernier, l’Espagne avait offert 4,63% pour placer 2,59 milliards d’obligations à 10 ans.

Les besoins de financement de l’Espagne prévus pour 2011 figurent en tête des facteurs avancés par Moody’s pour justifier sa décision. Groupama AM rappelait récemment que l’Espagne devra en 2011 faire face à 45 milliards d’euros de tombées obligataires et à 19 milliards de coupons à verser. Avec de gros besoins, 20 milliards, en avril 2011, ce qui devrait encourager la nervosité des marchés à l’approche de cette date. Selon Moody’s, «le gouvernement espagnol devra lever environ 170 milliards d’euros» en tout en 2011.

L’agence américaine s’inquiète en outre des besoins de financement des régions, qu’elle estime à 30 milliards pour l’année prochaine, et de ceux du secteur bancaire, avec environ 90 milliards de dettes à refinancer en 2011. La «vulnérabilité de l’Espagne» face à ses besoins de financement «a récemment été amplifiée par la confiance fragile des marchés», précise Moody’s. Les investisseurs étrangers détiennent près de 50% de la dette publique espagnole.

L’agence envisage également l'éventualité d’une recapitalisation plus lourde que prévu des banques, causée par une «détérioration plus élevée des actifs ou simplement pour conserver les confiance des marchés de gros». Chiffre avancé: 25 milliards, dont 10,5 milliards déjà injectés par le Fonds de restructuration bancaire (Frob) garanti par le gouvernement espagnol, mais qui pourrait atteindre 80 à 90 milliards selon le stress test le plus sévère mené par l’agence et avec l’hypothèse d’un ratio tier one de 12.

Elle s’inquiète en outre de la maîtrise des dépenses des régions, «compte tenu des limites du contrôle gouvernemental». La ministre de l'économie Elena Salgado a réagi hier en promettant la publication des comptes des régions la semaine prochaine.

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