Microsoft paie le prix fort pour barrer la route à la concurrence
En offrant une prime de 60 % sur le dernier cours de Yahoo, le géant américain accepte aussi de payer sa cible 20 % plus cher que Google
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Olivier Decarre
Comcast, Viacom… Plusieurs noms circulaient vendredi sur le marché comme candidats éventuels à une contre-attaque sur Yahoo. Mais il faut admettre que Microsoft a placé la barre très haut pour dissuader la concurrence. Si bien que « je ne vois personne lancer une offre supérieure à celle de Microsoft », remarquait un stratégiste de Windham Financial Services.
La taille constitue déjà un obstacle. En ces temps de marchés actions déprimés et de marchés de crédits frileux, peu de groupes ont le cash et la flexibilité nécessaires pour contrer une opération de 44,6 milliards de dollars (43,3 milliards en valeur d’entreprise). En revanche, avec une trésorerie nette de 21 milliards pour des capitaux propres de 31 milliards et une capitalisation de quelque 300 milliards, Microsoft a largement les moyens de ses ambitions. D’autant qu’il compte régler la facture pour moitié en cash et pour moitié en actions.
L’autre barrière qu’a dressée Microsoft se trouve du côté de la valorisation en termes de ratios. Car si l’action Yahoo a cédé environ 40 % en quatre mois, Microsoft a choisi, à 31 dollars l’action, d’offrir une prime de plus de 60 % sur le dernier cours. Ce qui revient à payer Yahoo pratiquement à ses prix de l’automne dernier.
A plus de 60, le PE 2008 induit a en tout cas de quoi impressionner, surtout par rapport à celui de 25 affiché par le concurrent Google. Beaucoup plus regardé, le ratio de valeur d’entreprise sur Ebitda 2008 est également éloquent. Il ressort à 19,5 pour l’offre sur Yahoo contre 16,3 du côté de Google (soit 20 % de prime). Et encore ce dernier chiffre se base-t-il sur le cours de jeudi soir. Car si l’on intègre la baisse du titre Google à mi-séance vendredi, Yahoo se trouve valorisé 30 % plus cher que Google.
Autre chiffre qui permet d’apprécier la valorisation offerte, l’objectif moyen des analystes (selon le consensus Bloomberg) ne dépasse pas 25 dollars. Autrement dit, Microsoft est prêt à payer 25 % de plus que la valorisation fondamentale calculée par les experts.
Les perspectives d’activités et les synergies justifient-elles cette agressivité ? Microsoft en semble convaincu, qui parle d’un milliard de dollars de synergies par an et voit le marché de la publicité en ligne doubler entre 2007 et 2010 (à 80 milliards de dollars). Mais sur le marché, des experts parlent de « pari risqué ».
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