Mario Draghi laisse miroiter une intervention de la BCE

L’argument d’une mauvaise transmission de la politique monétaire pourrait justifier une reprise du programme d’achats d’obligations d’Etat
Alexandre Garabedian

Mario Draghi retourne les marchés. Le président de la Banque centrale européenne a profité d’une conférence à Londres pour affirmer que «dans le cadre de son mandat, la BCE est prête à faire tout ce qu’il faudra pour préserver l’euro». «Et croyez-moi, cela suffira!», a ajouté le banquier central en précisant que si l’écartement des primes de risques sur les emprunts d’Etats menace la transmission de la politique monétaire en zone euro, l’institut monétaire est fondé à agir dans le cadre de son mandat.

Après Ewald Nowotny évoquant mercredi l’octroi éventuel d’une licence bancaire au Mécanisme européen de stabilité, un deuxième membre de la BCE, en l’occurrence le plus éminent, s’est manifesté pour soulager la pression sur l’Espagne et l’Italie. Ces interventions verbales ont été efficaces. Les rendements espagnols à 10 ans sont repassés sous les 7% hier, se détendant de 45 points de base à 6,83%. Ceux de l’Italie ont suivi la même trajectoire (-38 pb à 6,00%), tandis que l’euro repassait au-dessus des 1,22 dollars. L’Euro Stoxx 50 a fini la séance sur un bond de 4,27%.

Les observateurs en ont déduit hier que la BCE pourrait réactiver son programme de rachat d’obligations souveraines sur le marché secondaire (SMP), qu’elle a mis en sommeil depuis mars. L’argument de la transmission de la politique monétaire avait déjà servi lors de la mise en place du SMP en 2010, puis de sa réactivation en août 2011. Mais certains économistes s’interrogeaient encore hier sur la volonté de la banque centrale de traduire ses paroles en actes.

«La menace implicite d’une intervention de la BCE ne suffira pas à apporter un soutien durable, prévient Robert Lynch, stratégiste chez HSBC. Le marché voudra voir des efforts spécifiques, et le plus tôt possible», sans attendre la prochaine réunion de politique monétaire le 2 août. Dans tous les cas, une intervention ponctuelle ne résoudra pas les problèmes structurels de la zone euro et l’inadéquation des pare-feux existants –FESF et MES– à une éventuelle crise de liquidité de l’Espagne ou de l’Italie. «On reste dans le cadre des interventions précédentes, souligne David Mackie, économiste chez JPMorgan. La BCE n’active pas de bazooka. L’intervention du SMP paraît même arriver un peu en retard cet été par rapport à ce qui s’est passé l’an dernier.»

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