L’idée d’une dégradation de la note française fait débat
L’onde de choc de la dégradation du «AAA» américain peut-elle atteindre la France? Un nombre croissant d’économistes estiment que la France est la prochaine nation sur la liste des dégradations en cascade. «Il est difficile d’imaginer que, ayant dégradé les Etats-Unis, S&P ne poursuivra pas son action en dégradant au moins un acteur supplémentaire du club des «AAA». Dans le cas où une dégradation toucherait la France, par exemple, cela compliquerait les efforts, déjà fragiles, de l’Europe pour venir en aide à ses pays périphériques», estime Mohamed El-Erian, gérant chez Pimco.
La principale inquiétude provient non seulement de l’écartement des spreads entre le taux 10 ans allemand (Bund) et français (OAT). Il a en effet atteint hier 89 points de base du fait de la nouvelle chute à 2,26% du Bund, qui joue le rôle de valeur refuge en temps de crise. Aurel BGC estime que «le risque sur la France existe, mais l’écartement du spread est plus liée à un flight to quality sur le bund allemand.»
D’ailleurs, le niveau de l’OAT est resté stable à 3,15% hier. «On ne peut pas parler de risques croissants sur la dette française, même relatifs, en phase de baisse des rendements», indique Natixis. D’autant que la France a amélioré hier ses conditions de financement à court terme en émettant 8,006 milliards de bons du Trésor à des taux plus bas que la semaine dernière. Soit 0,791% pour l’émission de BTF à 3 mois (contre 0,91%), 0,798% pour les bons à 6 mois (contre 1,041%) et 0,84% pour le BTF à un an (contre 1,21%). Seul bémol, le niveau des CDS (contrats de protection contre le risque de défaut) à 5 ans a progressé de 15 pb à 160 pb hier, contre seulement 78 bp pour l’Allemagne.
Dans la ligne de mire: la capacité de la France à respecter ses engagements en termes de réduction du déficit budgétaire, qui a atteint 7,1% du PIB en 2010 et qui devrait rester à 5,8% fin 2011, contre 3,7% pour les Pays-Bas et l’Autriche, 2% pour l’Allemagne et 1% pour la Finlande et le Luxembourg. «L’argument selon lequel la France est le «moins bon élève» de la classe AAA de la zone euro (au sens où elle mettra davantage de temps pour ramener son ratio déficit/PIB à 3% que les autres pays AAA) n’implique pas que la France est un «mauvais élève"», estime Natixis. D’ailleurs, pour le moment S&P ne sonne pas l’alerte. Interrogés sur la France, des responsables de l’agence de notation ont confirmé le «AAA» de Paris et sa perspective stable.
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