L’idée d’un QE3 de la Fed peine à s’imposer sur les marchés
Suspendus au discours demain du président de la Fed, Ben Bernanke, lors de la conférence annuelle des banquiers centraux à Jackson Hole (Wyoming), les marchés sont partagés sur les possibles annonces de mesures de soutien à l’économie américaine. Selon une étude de BNP Paribas réalisée auprès de ses clients du marché des changes (institutions publiques, hedge funds, investisseurs institutionnels, entreprises et banques…), 67% des interrogés s’attendent à ce que la Fed décide d’étendre la duration de son bilan sans en changer sa taille et 45% escomptent davantage d’assouplissement quantitatif.
En détail, 37% des répondants voient la Fed étendre la duration de son bilan et ne pas opter pour un troisième tour d’assouplissement quantitatif (QE3). Ils sont 29% à défendre l’idée qu’elle ait recours aux deux solutions à la fois, alors que 18% sont persuadés qu’elle n’en utilisera aucune des deux. Seulement 16% des participants à l’enquête croient à la seule annonce d’un QE3. Ce faible pourcentage n’est pas surprenant au vu de l'échec du QE2. Selon SG CIB, malgré le soutien provenant de nouveaux stimulus budgétaires fin 2010, le QE2 n’a pas réussi à propulser l’économie, le premier semestre 2011 ayant été décevant et les craintes d’une autre récession s'étant accrues.
Pour BNP Paribas, la Fed pourrait avoir besoin d’attendre une dégradation effective des anticipations de croissance et d’inflation avant d’annoncer des mesures qui s’ajouteraient à l’engagement de taux bas prolongés jusqu’en 2013 dévoilé lors du dernier comité début août. D’après UniCredit, l’accélération record depuis fin 2009 de l’inflation sous-jacente à 1,8% en juillet, et de 3,1% en rythme annualisé sur les trois derniers mois, atténue la probabilité d’un QE3 dans un avenir proche. Pour CA CIB, procéder à des achats d’actifs massifs «stérilisés» permettrait de ne pas agrandir la taille du bilan de la Fed. La stérilisation des achats implique le drainage de liquidités du système financier.
SG CIB estime que la Fed utilisera d’abord davantage de munitions conventionnelles et moins de munitions controversées. «La prochaine étape la plus probable est une extension de la duration du portefeuille de titres de la Fed», ajoute la banque, qui note que Ben Bernanke pourrait se référer à un «QE stérilisé», puisque c’est ce que les marchés veulent entendre. La Fed pourrait éventuellement réduire les taux des réserves ou fixer une cible d’inflation.
L’annonce d’un QE3 viendrait affaiblir encore le dollar et soutenir les classes d’actifs risqués, mais l’absence d’annonce risque de décevoir les marchés actions. Ces derniers, qui ont repris entre 3 à 4% ces derniers jours, espèrent un nouveau QE. Le risque de débouclages de positions massifs n’est pas à écarter.
Dans tous les cas, la Fed, qui a un mandat bien distinct de celui de la BCE, continue de marquer sa différence avec l’institution européenne. D’aileurs, bien qu’elles aient pris chacune des mesures exceptionnelles pour limiter l’ampleur de la crise et ses effets sur l’économie réelle, leur stratégie diverge. En témoigne les hausses des taux de la BCE en juillet 2008 et avril et juillet 2011 nourries par les pressions inflationnistes et la politique de taux zéro de la Fed maintenue jusqu’à la mi-2013 et une inflation encore contenue. Du côté de la relance de la confiance, la Fed s’est focalisée sur le fonctionnement des marchés et l’immobilier en rachetant aussi bien des Treasuries que des titres adossés à des créances immobilières (MBS). La BCE, elle, est restée au chevet des banques, le financement de l’économie européenne étant relativement plus dépendant du secteur bancaire qu’aux Etats-Unis.
Dans le contexte actuel, la divergence entre la Fed et la BCE est encore plus marquée. « Face à un contexte macroéconomique similaire des deux côtés de l’Atlantique, la Fed semble surréagir aux risques. Elle a fait un choix peu orthodoxe en fixant un délai avec des taux bas jusqu’en 2013, ce qui devrait davantage impacter les prix des actifs que la croissance, explique René Defossez, stratégiste taux chez Natixis. La BCE, elle, a été plus retenue, alors qu’elle est confrontée aux risques sur la croissance, mais aussi à la crise budgétaire et aux tensions dans l’interbancaire. En l’absence de solution politique crédible à la crise et dans l’attente de la mise en place des nouvelles prérogatives de l’EFSF, elle achète de la dette souveraine». Côté politique de taux, l’expert ajoute qu’en cas de ralentissement plus marqué de la conjoncture que ce qui est actuellement anticipé, la BCE peut très bien «baisser» ses taux.
Toutefois, les deux institutions font toutes les deux face au gonflement de leur bilan. Celui de la BCE a crû de 204 milliards d’euros depuis avril pour atteindre un record de 2.077 milliards d’euros le 19 août. Pour la Fed, l’accroissement du bilan s’élève à 550 milliards de dollars depuis le QE2, à presque 2.900 milliards de dollars.
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