L’euro ne s’est pas suffisamment apprécié pour faire réagir la BCE
La monnaie unique européenne a bénéficié d’un effet dollar dû au décalage du «tapering» de la Fed ainsi qu'à l’incertitude politique aux Etats-Unis
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Patrick Aussannaire
La hausse de l’euro peut-elle menacer la reprise? La monnaie unique a atteint 1,3781 hier contre dollar, son plus haut niveau depuis avril 2011. Sa valeur s’est renforcée de 5,5% depuis le début de l’année et de plus de 14% depuis juillet 2012. Elle reste néanmoins encore loin des plus hauts de 1,5991 atteint en avril 2008 et 1,4825 touché en mai 2011.
L’euro bénéficie en outre d’un «effet dollar», pénalisé à la fois par la décision de la Fed de reporter le lancement de son «tapering» au début de l’année prochaine, et par le «shutdown» des administrations aux Etats-Unis et l’incertitude politique entourant les âpres négociations sur le relèvement du plafond de la dette.
L’euro a également atteint hier son plus haut niveau contre le yen, à 133,86, soit une hausse de 17% depuis le début de l’année et de 42% depuis juillet 2012. Une tendance inquiétante dans la mesure où «le peu de reprise que nous avons constaté au sein des économies de la zone euro a été porté par le rebond du commerce extérieur», comme le rappelle HSBC.
JPMorgan estime en outre qu’une appréciation de l’euro de 10% coûte un point de pourcentage de PIB à la zone sur deux ans, et fait refluer l’inflation de 0,3 point. Entre janvier et fin août, l’excédent de la balance commerciale vis-à-vis des pays extérieurs à la zone a progressé à 98 milliards d’euros, contre 38,9 milliards un an auparavant, et celui des comptes courants à 39,4 milliards fin juin, après 2,6 milliards au deuxième trimestre 2012.
«Le taux de change effectif de l’euro n’a progressé que de 1,3% depuis mi-septembre et de 4,5% depuis le début de l’année», tempère néanmoins Jean-Louis Mourier, économiste chez Aurel BGC. Et l’amélioration des comptes extérieurs est principalement due à une chute des importations. En outre, la chute du dollar permet de réduire le coût des importations de matières premières, et les coûts de production d’une partie des entreprises européennes.
Dans ce contexte, «la BCE n’a sans doute pas besoin de s’inquiéter de ces mouvements de taux de change», estime Jean-Louis Mourier. Seule la pression exercée à la baisse sur le taux d’inflation pourrait faire réagir la BCE, en baissant les taux directeurs ou en brandissant l’arme d’un nouveau LTRO ou de l’OMT. Mais ses marges de manœuvre restent plus limitées que celles des autres grandes banques centrales, et son président a rappelé en début de mois que «le taux de change n’est pas un objectif de politique monétaire».
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