Les spécialistes en valeurs du Trésor se préparent au choc du QE
Dans les desks obligataires des salles de marché des banques, on se prépare au choc. Celui du programme d’assouplissement quantitatif de la BCE, de 60 milliards d’euros par mois, que la banque centrale va mettre en œuvre le mois prochain. Les traders taux des grandes BFI ont été consultés par la BCE ces dernières semaines sur les modalités pratiques de mise en œuvre du QE, qui n’ont pas encore été publiées. Mais ils ont encore du mal à apprécier l’impact – positif ou négatif – de cette révolution pour leurs activités primaires et secondaires.
Au Japon, où la mainmise de la BoJ sur le marché obligataire devient écrasante, RBS aurait renoncé en janvier à jouer les primary dealers, le métier de spécialiste en valeurs du Trésor (SVT) n’étant plus rentable. Le cas de l’Europe est différent, selon les professionnels. «La détention des titres souverains est très concentrée au Japon sur la clientèle domestique et sur quelques mains. Le marché européen des emprunts d’Etat se distingue par la diversité des courbes de taux et des intervenants, et il restera plus intéressant que le marché japonais pour les spécialistes en valeur du Trésor», estime Amaury d’Orsay, responsable mondial du trading de taux à la Société Générale.
L’arrivée de la BCE, qui va agir par l’intermédiaire des banques centrales nationales, va cependant changer la loi de l’offre et de la demande. Elle n’interviendra que sur le marché secondaire, mais pourra acheter les nouvelles émissions dès que celles-ci commenceront à traiter. Le QE, plafonné à 25% de chaque souche, devrait siphonner toute l’offre nette de titres de plusieurs pays sur certaines parties de la courbe, comme les Bunds allemands de maturité supérieure à 15 ans, selon une étude de Nomura.
La BCE va donc se heurter à un problème de rareté de papiers sur certains marchés, a fortiori en août, mois où les Trésors cessent d’émettre. Alors qu’elle compte prendre des titres de 2 ans à 30 ans, il lui faudra jouer serré pour répartir ses achats sans provoquer de distorsion sur certaines parties des courbes souveraines.
«Les institutions domestiques, notamment les banques, seront incitées à garder leurs emprunts d’Etat au bilan, pour des questions de rendement ou de contraintes réglementaires, indique Jacques Cailloux, économiste chez Nomura. Les banques centrales nationales devront se tourner vers des investisseurs non résidents susceptibles de vendre leurs titres, comme les gestionnaires de réserves». Avec des situations très diverses selon les marchés: la Finlande, dont 9% seulement de la dette est aux mains des résidents, constitue le cas extrême.
Cette situation ouvre des opportunités pour les SVT. «Les banques de marché rempliront leur rôles d’intermédiaires et de market-makers. Elles vont devoir remplir leur inventaire et aller chercher les papiers pour les banques centrales», souligne Christophe Baudry, directeur du département global market sales France et Belux chez Nomura. Pour atteindre son objectif chiffré d’achats, la BCE devra notamment s’intéresser aux vieilles souches obligataires (off-the-run), qui ne constituent plus les références de chacun des points de la courbe et sont souvent détenues jusqu’à leur terme par des investisseurs tels que des assureurs. «Le QE va donner lieu à un regain d’activité secondaire autour des obligations off-the-run, dont le flottant est faible, mais pas inexistant. Cela réclamera un gros travail de la part des banques», relève Amaury d’Orsay.
Si les desks «banque centrale» des SVT promettent d’être très actifs, qu’en sera-t-il des autres contreparties? «Les autres investisseurs restent confrontés à la recherche de rendement, et attendent de voir comment la BCE va intervenir. On devrait alors voir arriver des flux, pour des arbitrages de relative value ou entre obligations indexées et nominales, par exemple», estime Christophe Baudry.
Les volumes d’activité sur le marché de la pension livrée pourraient, eux, être sous pression, si le papier disponible se raréfie. C’est pour cela que la Fed et la BoE ont accompagné leurs QE de programmes de «repo», qui leur permettaient de prêter sur le marché une partie des titres achetés. La BCE s’est dite prête à en faire de même, mais contre quels types d’actifs ? «Si les banques centrales nationales échangent leurs emprunts d’Etat contre n’importe quel instrument, par exemple des Bunds achetés par la Bundesbank contre des BTP italiens, cela remettrait en cause la volonté de limiter le partage des risques liés au QE», fait valoir Jacques Cailloux. Sur ce point-là aussi, les intervenants du marché guettent la réponse de la BCE.
{"title":"","image":"81973»,"legend":"Part de dette souveraine d\u00e9tenue par les non-r\u00e9sidents. Illustration L’Agefi.»,"credit":""}
Plus d'articles du même thème
-
L'actif net réévalué de Wendel a reculé de 3,6% au premier trimestre
Les encours de Wendel Investment Managers ont atteint 49,5 milliards d'euros après le rachat de Committed Advisors. -
Axiom AI doit parer aux aléas de toute fusion
Un des gérants clé en Suisse est parti quelques mois après le rachat de l'activité obligataire de Silex réalisée fin 2024. David Benamou, fondateur d'Axiom AI explique comment les événements ont été gérés et partage sa vision du secteur financier, sa spécialité. -
Groupama AM convertit un fonds actions européennes en fonds nourricier
Groupama Asset Management, filiale de gestion d’actifs de l’assureur français Groupama, va convertir le fonds Groupama Europe Active Equity, domicilié dans sa Sicav luxembourgeoise, en fonds nourricier d’une autre stratégie actions européennes, elle domiciliée en France. -
La gestion du risque climatique de HSBC vivement contestée
Un consortium d’investisseurs alerte sur la sous-évaluation du risque climatique de la banque britannique. -
La stratégie GP Stake de BNP Paribas AM Alts prend une minorité du capital de Committed Advisors
Le véhicule dédié rachète une participation de 5,9% dans la société de gestion spécialisée dans le private equity secondaire mid-market auprès de Wendel, le nouvel actionnaire majoritaire. Son portefeuille compte désormais sept gérants. -
AllianceBernstein liquide son hedge fund multi-stratégies Arya
La société de gestion quantitative américaine AllianceBernstein (AB) a fermé son hedge fund multi-stratégies global AB Arya en raison d’un manque de taille critique, rapporte Bloomberg.
ETF à la Une
Les investisseurs en ETF se détournent des actions européennes
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- UniCredit lance ses premiers ETF en partenariat avec BNP Paribas AM
- La forêt française, un actif réel en voie de reconnaissance
- Des gestionnaires actifs alertent sur les dangers cachés de la gestion passive
- Lionel Paquin : « Ce n’est pas Praemia qui est en crise mais le marché de l’immobilier »
Contenu de nos partenaires
-
L’Iran détient encore d’importantes capacités militaires, selon le Pentagone
Près de la moitié du stock de missiles balistiques et de lancement du régime iranien serait intact, d'après le Pentagone. L'Iran conserverait encore 60 % de sa marine et les deux tiers de son armée de l’air seraient encore opérationnels -
Traversées irrégulières de la Manche : un nouvel accord franco-britannique conclu
Paris - Un nouvel accord pour tenter d’empêcher les traversées clandestines de la Manche a été conclu entre les autorités françaises et britanniques. Mais ces dernières ont soumis une partie de leur financement à l’efficacité des mesures mises en place pour retenir les candidats à l’exil. Après plusieurs mois d'âpres négociations, les deux pays ont trouvé un terrain d’entente pour reconduire durant les trois prochaines années le traité de Sandhurst. L’accord bilatéral signé en 2018, qui avait été reconduit une première fois en 2023, s’achevait en 2026. «Pour la première fois», le financement des autorités britanniques, qui pourra aller jusqu'à 766 millions d’euros sur trois ans, comprend «une part flexible» évaluée à 186 millions d’euros, conditionnée à l’efficacité des mesures pour empêcher les personnes migrantes de rejoindre irrégulièrement leur territoire. Seuls 580 millions d’euros sont donc assurés d'être versés par Londres. Ce seul montant représente toutefois déjà une hausse, puisque le Royaume-Uni avait contribué à hauteur de 540 millions dans le cadre du précédent plan. Si les nouvelles mesures n’apportaient pas de «résultats suffisants, sur la base d’une évaluation annuelle conjointe, le financement sera réorienté sur de nouvelles actions», précise la feuille de route consultée par l’AFP. Selon les chiffres officiels des autorités britanniques, 41.472 personnes ont rejoint irrégulièrement le Royaume-Uni sur des petites embarcations en 2025. Ce chiffre est le deuxième plus élevé depuis le début de ces traversées en 2018. Au moins 29 migrants sont morts en mer en 2025, selon un décompte de l’AFP à partir de sources officielles françaises et britanniques. Du côté français, on souligne que depuis le début d’année, les arrivées au Royaume-Uni ont diminué de moitié comparé à la même période de l’année dernière. Quelque 480 passeurs ont également été arrêtés en 2025, selon le ministère de l’Intérieur. Ce nouvel accord dont les détails seront évoqués lors d’un déplacement jeudi sur le littoral français des ministres de l’Intérieur des deux pays, prévoit d’augmenter de moitié les forces de l’ordre. Les effectifs seront ainsi portés à quelque 1.400 agents d’ici 2029. Une unité de CRS, financée par la France, sera également dédiée à la lutte contre l’immigration clandestine et s’accompagnera du déploiement de drones, hélicoptères et moyens électroniques pour «mieux prévenir les tentatives de traversées», et réduire le nombre de départs en particulier des «taxi-boats». La collaboration entre le Royaume-Uni et la France a «déjà permis d’empêcher des dizaines de milliers de traversées», a souligné le Premier ministre britannique Keir Starmer dans un communiqué. «Cet accord historique nous permet d’aller plus loin : en renforçant le renseignement, la surveillance et la présence sur le terrain afin de protéger les frontières britanniques», a-t-il ajouté. Noyades Les forces de l’ordre sont régulièrement accusées outre-Manche de ne pas en faire assez pour retenir ces embarcations de fortune qui prennent de plus en plus de risques pour éviter les contrôles sur les plages en embarquant directement en mer. En effet, selon le droit international de la mer, une fois qu’une embarcation est à l’eau, les autorités ne peuvent intervenir que pour sauver des personnes de la noyade. «Une grande partie des moyens prévus dans ce partenariat sera concentrée dès le début de l'été et durant la période estivale» qui est traditionnellement la période propice aux départs, précise la feuille de route. A quelques semaines d'élections locales, présentées par beaucoup comme cruciales pour son maintien à Downing Street, le gouvernement travailliste de Keir Starmer, qui a promis de «reprendre le contrôle des frontières», est sous pression du parti d’extrême droite Reform UK de Nigel Farage. L'été dernier un nouvel accord, dit «un pour un», a été signé entre les deux pays pour tenter d’endiguer ces traversées. Il prévoit le renvoi en France de migrants arrivés irrégulièrement au Royaume-Uni, en échange de l’accueil légal par ce pays de migrants se trouvant en France. Mais il n’a concerné jusqu’à présent que quelques centaines de personnes. Jeudi, les ministres de l’Intérieur, français Laurent Nuñez, et britannique Shabana Mahmood, doivent notamment se rendre à Loon-Plage près de Dunkerque sur le chantier de construction d’un Centre de rétention administrative (CRA) où seront détenus les étrangers visés par une obligation de quitter le territoire français (OQTF) en vu de leur expulsion. «Cet accord historique empêchera les migrants illégaux d’entreprendre ce périlleux voyage et mettra les passeurs derrière les barreaux», a déclaré Mme Mahmood avant sa signature. Estelle EMONET © Agence France-Presse -
RaccourciPas de plan « Grand âge » : ce patron qui refuse le fatalisme et l’immobilisme
En l’absence d’action de l'Etat, Guillaume Richard, PDG du groupe Oui Care, a lancé sa propre feuille de route