Les rendements en zone euro résistent au retrait annoncé de la BNS
Les marchés obligataires souverains de la zone euro ont accueilli sans crainte le retrait annoncé de l’un de leurs principaux soutiens: la Banque nationale suisse (BNS). Vendredi, les rendements à 10 ans se détendaient encore de 3 à 5 points de base, avec une OAT à 0,62% et un Bund à 0,44%. L’abandon par la BNS de son plancher de 1,20 pour le franc face à l’euro a renforcé les anticipations de l’annonce d’un programme d’achats de titres de la BCE dès jeudi.
La banque centrale suisse était un gros acheteur de papier en euros pour limiter la hausse du franc. Il n’existe pas de statistiques précises sur le détail des emprunts d’Etat de la zone euro au bilan de la banque centrale. Celle-ci comptait à fin septembre 174 milliards d’euros d’actifs libellés dans la monnaie unique, soit 45% de ses réserves de change. «Si la BNS cesse ses achats, on perd un intervenant sur le marché obligataire en zone euro, mais simultanément, la BCE va bientôt prendre le relais. Il n’y a pas de risque de voir les taux longs remonter à court terme», indiquait vendredi Oddo Securities.
L’impact de la nouvelle baisse des taux décidée jeudi par la BNS devra aussi être pris en compte. Avant même que l’assouplissement annoncé en décembre n’entre en vigueur cette semaine, la banque centrale suisse a accentué le mouvement en passant de -0,25% à -0,75% sa cible de taux 3 mois (dans une fourchette de -0,25 à -1,25%). La courbe des taux suisse s’est inscrite dans la foulée en territoire négatif jusqu’à 10 ans: le taux 10 ans a touché -0,12% vendredi, alors qu’il évoluait au-dessus de 0,30% début janvier. BNP Paribas estime en outre qu’une nouvelle baisse du taux de dépôt de 50 pb en Suisse est à attendre dans les semaines à venir.
Même s’ils sont en quête de valeurs refuges, les investisseurs privés seront donc eux aussi contraints de recycler leurs liquidités dans d’autres devises que le franc, ce qui devrait bénéficier aux actifs souverains de la zone euro. «Faire payer les déposants produira ses conséquences sur la durée, estime Kit Juckes, stratégiste changes chez SG CIB. Comme les sanctions, cette mesure met du temps à prendre effet, mais tout comme le passage à un taux de dépôt négatif par la BCE est une raison majeure à l’accélération à la baisse de l’euro, la même chose se produira au bout du compte pour le franc suisse».
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