Les primes sur les émissions obligataires commencent à baisser plus nettement
L’opération bouclée hier par Lafarge témoigne d’une nette amélioration des conditions sur le marché primaire du crédit. Le groupe de matériaux de construction a vendu 750 millions d’euros d’obligations nouvelles à 7 ans, mises à prix avec une marge de 430 points de base (pb) au-dessus des taux midswaps. Or, le 18 mai, Lafarge, qui est noté « BBB- », avait bouclé une émission obligataire à cinq ans d’un milliard d’euros avec une marge de 512,5 pb. Pourtant d’une maturité plus longue, la dernière émission du groupe a donc été réalisée à un spread bien plus serré que la précédente.
La dernière opération de Lafarge semble mettre fin à une période durant laquelle les primes d’émission restaient élevées malgré une détente sur le marché cash. De fait, l’écart entre les spreads à l’émission et ceux sur l’ensemble du marché cash s’était creusé ces derniers mois. Ainsi, le spread sur les émissions « BBB » était passé d’environ 500 pb en janvier à 450 pb en mai, tandis que le spread moyen sur les titres « BBB » sur le marché secondaire passait de 510 pb à 360 pb sur la même période, d’après la recherche crédit de Barclays Capital. La détente a donc été plus forte sur le marché secondaire que sur le marché primaire.
Le nouvel emprunt de Lafarge montre que les investisseurs modèrent leurs exigences en matière de rendement. « Ils étaient jusque récemment très sensibles au prix, explique Muriel Caton, responsable des marchés de dette chez RBS. Du coup, si les émissions étaient mises à prix à un spread plus serré, la qualité du livre d’ordres pouvait se détériorer, les investisseurs de long terme risquant de renoncer à l’opération. Mais la dernière émission obligataire de Lafarge montre que les primes d’émission se resserrent à présent ».
Surtout soucieux d’assurer leurs financements, les émetteurs ont accepté des primes d’émissions élevées depuis la reprise du marché primaire en octobre. Mais celles-ci pourraient leur poser problèmes à l’avenir. « Si les anticipations en matière de croissance et d’inflation se réalisent, ces opérations ne seront pas un sujet d’inquiétude. En revanche, si elles ne se matérialisent pas et si les émetteurs ne parviennent pas à générer un rendement sur leurs actifs équivalent à celui qu’elles paient sur leurs obligations, ils pourraient être confrontées à une détérioration de la qualité de leur crédit », estime la recherche crédit de Barclays Capital.
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