Les pays occidentaux veulent isoler économiquement la Russie
Poutine est l’agresseur. Poutine a choisi cette guerre. Et maintenant, lui et son pays vont en supporter les conséquences », a martelé Joe Biden jeudi, devant la presse à la Maison-Blanche. Le président américain savait qu’une nouvelle salve de sanctions était très attendue, émanant de Washington et des pays européens. Alors que l’Occident a été critiqué pour une première réponse trop timorée à la vaste offensive militaire lancée par la Russie sur plusieurs fronts contre l’Ukraine.
Côté européen, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a annoncé que les Vingt-Sept étaient convenus d’un nouvel ensemble de sanctions économiques contre la Russie à l’issue d’un sommet extraordinaire des chefs d’Etat, «ciblant 70% du marché bancaire russe et des entreprises publiques majeures, dont dans le secteur de la défense». Une réunion des ministres des Finances européens se tient aujourd’hui à Paris sur le sujet, avec un ordre du jour chamboulé par les événements en Ukraine.
Restrictions américaines à l’export
Côté américain, le président Joe Biden a donc annoncé de nouvelles mesures ciblant la Russie (publiées ensuite par le Trésor américain). Elles émaneront des Etats-Unis et de ses alliés, prises en coordination avec l’Union européenne et le G7. Washington a précisé jeudi avoir autorisé le déploiement en Allemagne de troupes qui étaient jusqu'à présent en réserve.
Les Américains entendent à la fois ébranler à court terme la Russie, en forçant le pays dans une sorte d’autarcie financière, et saper les projets de diversification économique à long terme d’un pays ultra-dépendant de ses ventes d’hydrocarbures. Le tout en tapant au portefeuille des oligarques russes, qui ont investi leurs immenses fortunes à l'étranger.
Joe Biden a expliqué vouloir limiter la capacité russe à réaliser des transactions dans les principales devises du monde et viser de grandes banques et des entreprises publiques. Concrètement, les sanctions limiteront la capacité de la Russie à faire des affaires en dollars, en euros, en livres sterling et en yens.
En outre, l’administration Biden a annoncé de vastes restrictions à l’exportation contre la Russie, de l'électronique grand public aux semi-conducteurs et aux pièces d’avion. La mesure la plus radicale est l’extension de la règle sur les produits étrangers directs (FDPR) pour les acheteurs russes. Celle-ci oblige les entreprises fabriquant des articles de haute et basse technologie à l'étranger avec du matériel américains à demander une licence à Washington pour être autorisés à commercer avec la Russie. Le Département du commerce américain devra refuser la quasi-totalité de ces demandes de licence.
Les fournisseurs devront obtenir des licences pour certains articles à destination de la Russie, comme les pièces d’avions civils.
Ces nouveaux contrôles « imposeront des coûts importants à l'économie russe à la fois immédiatement et dans le temps », a martelé Joe Biden. En notant que des alliés, dont les 27 membres de l’Union européenne tels que la France, l’Allemagne et l’Italie, ainsi que le Royaume-Uni, le Canada, le Japon, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, s'étaient joints à la réponse pour maximiser son impact.
Autre volet, de nouvelles sanctions ont été annoncées contre les principales banques russes, avec pour objectif de limiter l’accès de la Russie au système financier américain.
« Ces sanctions visent le système financier national russe, provoquant des paniques bancaires et forçant la banque centrale russe à continuer de relever les taux. En conséquence, nous verrons probablement une croissance négative dans une économie qui a déjà été entravée par un isolationnisme croissant. », relevait Institute of International Finance dans une note jeudi.
Empêcher les levées de fonds russes en Grande-Bretagne
En Grande-Bretagne, le Premier ministre Boris Johnson a dévoilé jeudi un paquet de sanctions en 10 points – « le plus grand ensemble de sanctions jamais prises par la Grande-Bretagne contre la Russie », a-t-il promis devant le Parlement. Et ce en assurant cibler les banques, le cercle des plus proches du président Vladimir Poutine, et les riches Russes qui apprécient la vie londonienne. Dans le viseur figurent ainsi Kirill Shamalov, l’ancien gendre de Poutine, et Piotr Fradkov, président de la Promsvyazbank.
En outre, Londres imposera un gel des avoirs à certaines grandes banques russes, y compris VTB, et empêchera les grandes entreprises russes de lever des fonds en Grande-Bretagne. De fait, depuis la chute de l’Union soviétique il y a trois décennies, les marchés des capitaux de Londres ont été la destination privilégiée des entreprises russes cherchant à lever des fonds en dehors de Moscou.
Comme Washington, Londres donnera aussi un coup de frein à l’export russe : il suspendra les doubles licences d’exportation vers la Russie et interdira les exportations de biens de haute technologie et de certaines parties de l’industrie extractive.
Boris Johnson est également allé plus loin que d’autres pays occidentaux, appelant à exclure la Russie du réseau de messagerie interbancaire Swift, même si l’efficacité réelle de cette mesure reste incertaine. Mais l’Allemagne et l’Italie y sont opposées.
Jeudi soir, l’indice S&P 500 a fini en hausse de 1,5% après l’annonce de ces nouvelles sanctions.
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