Les marchés sanctionnent la nouvelle volte-face de la banque centrale russe
Un pas en avant, un pas en arrière. La banque centrale russe (CBR) a fait volte-face en annonçant vendredi une baisse du taux «repo» à une semaine de 200 pb pour le ramener à 15%. Cette décision surprise, qui revient en partie sur le resserrement choc des conditions monétaires de 650 pb opéré en décembre par l’autorité dans le but affiché de calmer les tensions inflationnistes et la crise du rouble, a une nouvelle fois immédiatement été sévèrement sanctionnée par le marché des changes.
Aucun seuil ne semble ainsi arrêter la chute libre du rouble qui dévissait de plus de 5% contre dollar en séance vendredi pour toucher un nouveau plus bas de 71,8, avant de revenir légèrement à 70,15. Sur la semaine dernière, sa dépréciation atteint ainsi 10,2%, sa plus forte baisse hebdomadaire historique.
L’autorité a justifié sa décision par des circonstances monétaires qui «fixent les conditions d’une baisse de l’inflation à moyen terme». Mais elle a surtout tenu compte de l’impact durable des facteurs externes tels que la chute des prix du pétrole sur l’économie russe, en anticipant une «baisse importante de l’activité économique». La CBR table désormais sur une contraction du PIB russe de 3,2% sur le premier semestre de l’année, après un coup d’arrêt de la croissance à 0,6% en 2014. Sur 2015, les économistes de BNP Paribas anticipent même que la récession dans le pays atteindra une ampleur de 6,5%. Les derniers chiffres suggèrent par ailleurs une accélération de l’inflation à un rythme de 13% lié à la dépréciation du rouble, après 11,4% en décembre, selon Barclays.
«Si cette nouvelle décision signifie un changement de son objectif de lutter contre l’inflation à tout prix au profit d’une politique de soutien de la croissance en chute libre, la CBR ne devra pas s’arrêter à une seule baisse des taux pour rester crédible», estime Natixis. Si la baisse des taux et la hausse de l’inflation ont certes permis de faire baisser les taux réels à court terme à environ 2%, ils restent «toujours élevés pour changer la donne dans l'économie réelle, alors que les anticipations d’inflation se désancreront davantage avec un risque accru de dépréciation du rouble et de voir le niveau de l’inflation rester plus longtemps au-dessus de son objectif», alerte ainsi Natixis.
L’impact sur l’activité du programme de relance de 2.350 milliards de roubles confirmé par Moscou reste quant à lui incertain.
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