Les marchés parient sur l’inertie des producteurs de pétrole
La raison du plus fort est toujours la meilleure. En 2008, les investisseurs avaient eu raison de parier sur l’incapacité de l’Opep à endiguer la hausse des prix du pétrole. En est-il autrement aujourd’hui? Dans son rapport mensuel, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) exhorte les membres de l’Opep à relever leur production pour faire face à une croissance plus forte qu’attendu de la demande mondiale qui tire le prix du baril vers le seuil des 100 dollars. Par rapport à décembre, l’Opep a relevé ses estimations de demande de 320.000 barils par jour (bj) en 2010 et 2011. La demande mondiale de brut serait passée de 85 à 87,7 millions bj l’année dernière, et progresserait de 1,4 million bj cette année. L’AIE estime en outre que si le prix atteint les 100 dollars en 2011, la facture pétrolière pourrait représenter 5% du PIB mondial, un niveau jugé critique par le passé.
La forte demande énergétique est à mettre sur le compte d’une reprise économique qui a été globalement plus vive que prévu. L’organisme pointe ainsi du doigt l’activité en zone euro et notamment celle de l’Allemagne. Mais la Chine n’est pas en reste avec une demande de pétrole qui a dépassé le niveau record des 10 millions de bj au mois de novembre, soit une hausse de 15,1% sur un an.
Or, le rapport signale également que dans le même temps les stocks pétroliers des membres de l’OCDE ont légèrement diminué par rapport à la précédente estimation. Mais l’Opep, qui a relevé sa prévision de croissance de la demande pétrolière mondiale, ne compte pas céder aux sirènes des consommateurs, et a opté une nouvelle fois lundi pour le statu quo sur sa production. Prévoyant une augmentation des stocks au premier semestre, les producteurs estiment que le marché mondial reste bien approvisionné. A l’heure actuelle, l’Opep, qui fournit 40% des barils consommés dans le monde, possède 5 millions de bj de surplus, de quoi assurer les consommations espagnole, britannique et française.
Mais le marché pense que l’Opep ne fera pas usage de ces réserves ou sera trop lente à réagir à des chocs de prix. Les déclarations du secrétaire général de l’Opep, Abdalla Salem El-Badri, qui met la hausse des prix sur le compte de facteurs temporaires (faiblesse du dollar, spéculation et problèmes en Alaska et dans la mer du Nord) ne risquent pas de faire évoluer les avis.
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