Les investisseurs testent la politique monétaire laxiste de la Turquie
La banque centrale a dû annoncer hier l’arrêt de ses opérations d’achats de dollars pour endiguer la chute de la livre turque
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Alexandre Garabedian
La Turquie peut-elle gérer la surchauffe de son économie? La question est clairement posée sur les marchés depuis quelques jours. En trois séances, la livre turque est passée de de 1,65 à 1,73 pour un dollar, tandis qu’hier, les rendements locaux s’écartaient de 25 points de base selon RBS.
Les données de l’équation sont connues. Le déficit courant du pays a pris des proportions inquiétantes, à près de 9% du PIB, la croissance du crédit dopant les importations. Mais malgré une croissance de 11% du PIB au premier trimestre qui témoigne de la surchauffe, la banque centrale turque est restée sur une ligne peu orthodoxe. Elle a maintenu son taux directeur à 6,25%, préférant resserrer le crédit par la hausse des réserves obligatoires des banques. L’institut d’émission a privilégié la correction du compte courant grâce à la dépréciation de sa monnaie, censée gonfler les exportations.
Une stratégie qui a fonctionné jusqu’à la semaine dernière, date à laquelle les investisseurs ont commencé à tirer la sonnette d’alarme. Le FMI, qui tablait sur une croissance de l’économie de 4,6% en 2012 après 8,7% cette année, a quant à lui jeté un pavé dans la mare: un document préparé pour le G20 ramène la prévision à 2,5% en 2012, signe d’un atterrissage brutal de l’économie, avec même une contraction de 0,5% au dernier trimestre.
«Nous devons voir la banque centrale réagir cette semaine pour regagner la confiance des marchés, de peur que la situation de la livre ne devienne hors de contrôle», indiquait avant l’ouverture Simon Quijano-Evans, chef économiste Emergents d’ING, relayant ainsi l’inquiétude de nombreux investisseurs.
Ces derniers ont été entendus: hier matin, la banque centrale turque a décidé de mettre fin à ses achats de billets verts, qui représentent 30 millions de dollars par jour. Une décision qui a permis de limiter la baisse de la devise, à 1,72 pour un dollar en fin d’après-midi. «Il s’agit du moyen le plus simple et le plus logique de répondre à court terme», estiment les experts de BNP Paribas, en soulignant toutefois la dimension «largement symbolique» de cette décision. Un nouvel accès de faiblesse de la livre turque face au dollar, dans la région des 1,75-1,80, est donc possible, estiment les cambistes de RBS.
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