Les gérants d’actifs craignent l’oligopole des fournisseurs de données
Le sujet de la donnée est un enjeu clé pour les asset managers depuis longtemps. Mais avec les obligations de reporting déjà annoncées ou qui sont à venir dans le domaine de l’ESG (environnement, social et gouvernance), l’enjeu devient gigantesque. C'était un des thèmes abordé lors d’une conférence de l’Association française de la gestion financière (AFG) ce 7 octobre à l’occasion de l’Invest Week Paris. Interrogée sur les travaux en cours de l’Autorité des marchés financiers (AMF) sur la question du prix «parfois exorbitant» pratiqué par les fournisseurs de données et de la non-normalisation des données qui oblige les gérants à prendre plusieurs fournisseurs, l’AMF n’a pu faire qu’un constat d’impuissance, tout au moins à court terme.
«Nous sommes conscients du caractère presque monopolistique de ces prestataires, a ainsi déclaré en préambule Bastien Rosspopoff, de la division supervision transversale à l’AMF. On constate aussi parfois les contradictions assez importantes qu’il peut y avoir. Par exemple, quand le réglement SFDR demande de communiquer des métriques sur les données extra financières des portefeuilles, on sait très bien que derrière, le prestataire de données va vous dire que vous avez communiqué une métrique qui est liée à une donnée qu’il vous a fournie et que donc, ce n’est plus le même tarif.» Face à cette situation, Bastien Rosspopoff a rappelé que l’AMF avait proposé un cadre pour essayer de les réglementer et normaliser leurs travaux. «Mais à très court terme malheureusement, cette situation reste inévitable. La publication obligatoire de métriques extra-financières pour des produits durables va nécessairement impliquer un renchérissement du coût des fournisseurs de données en 2022, c’est certain», a-t-il regretté.
Ouverture
Il a aussi rappelé que plusieurs travaux étaient en cours pour essayer de rendre la donnée des émetteurs «publique, disponible et de bonne qualité» pour ne pas avoir à enrichir «cette rente de situation» vécue par les fournisseurs. Si en France, il existe déjà le projet «Impact», des travaux vont aussi bientôt commencer au niveau européen. Pierre-Emmanuel Beluche, chef du bureau finance durable, droits des sociétés, comptabilité et gouvernance des entreprises à la Direction générale du Trésor, a ainsi rappelé l’existence d’un projet de base de données européennes, à la fois sur les données financières et celles extra-financières des entreprises.
Ce projet baptisé «Esap» pour «European single access point» est «dans la feuille de route de l’Union des marchés de capitaux (CMU) et devrait émerger à partir de l’année prochaine», a-t-il assuré. Mais il faudra ensuite construire cette base de données. «La Commission européenne va très probablement procéder à un appel d’offres mais cela va prendre un peu de temps», a-t-il indiqué. Et d’ajouter «il y a également un enjeu de régulation des fournisseurs de données comme on l’a fait il y a quelques années avec les agences de notation de crédit. (...) il faudrait trouver des coalitions de grands acteurs privés, pourquoi pas dans le cadre de l’Esap».
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