Les gérants d’actifs ajustent leurs positions sur Orpea
L’affaire Orpea ne suscite pas un mouvement unanime de la part des gestionnaires d’actifs. Nombre d’entre eux étaient exposés au groupe car le gestionnaire d’Ehpad était parmi les mieux notés de son univers en matière ESG (environnement, social et gouvernance) et parce qu’il évolue sur une thématique, le vieillissement de la population, très appréciée de la plupart des fonds pour sa perspective de croissance.
Les fonds spécialisés, souvent appelés «Silver Age» et qui atteignent parfois des tailles considérables, sont de ceux-là. CPR AM et son fonds Silver Age (2 milliards d’encours) a ainsi rapidement réagi après la polémique soulevée par le livre «Les Fossoyeurs» selon le reporting mensuel. «Pour des raisons ESG, l’action (Orpea), qui représentait 1% du portefeuille au début de l’année (2022), a été vendue à la fin du mois, générant une sous-performance de -0,55%», indique le prospectus. Tocqueville Finance, filiale de La Banque Postale, et qui commercialise le fonds Tocqueville Silver Age, avait aussi vendu tous ses titres Orpea, estimant ne « pas avoir vocation à rester dans des sociétés où les controverses sont aussi marquées ».
Sycomore AM, qui n’a pas de fonds sur la thématique du vieillissement mais se veut parmi les pionniers de l’ESG, a lui aussi vendu les positions résiduelles détenues sur Orpea, alors qu’il était déjà en train de s’en séparer depuis quelques mois. «Nous n’avions plus que des positions très limitées essentiellement pour des questions de gouvernance qui nous préoccupaient, expliquait mercredi Emeric Préaubert, président fondateur de Sycomore AM, sur B Smart, évoquant notamment « des réponses pas forcément très transparentes » dans la relation au quotidien avec l’entreprise. « Orpea étant désormais passé au rouge dans les notations ESG, il devrait continuer à être exclu de nombreux portefeuilles », prévient-il.
C’est aussi chose faite désormais chez Comgest qui a annoncé jeudi matin avoir vendu la totalité de ses positions. Le gestionnaire, silencieux jusqu’à présent, n’était rien de moins que le troisième actionnaire d’Orpea derrière un fonds de pension canadien (14,5%) et la holding de la famille Peugeot (5%), qui eux restent toujours muets. « Orpea ne répond plus aux critères d’investissement de croissance de qualité que nous appliquons », explique à NewsManagers le gestionnaire indépendant.
Ceux qui restent
Mirova, filiale de Natixis, avait, elle, choisi d’écrire une lettre à la direction d’Orpea et lui proposer diverses évolutions (dont sa transformation en société à mission) pour pouvoir continuer à l’accompagner, sans vendre sa participation. Ce que le nouveau PDG d’Orpea, Philippe Charrier, a accepté mercredi soir dans un communiqué. « Orpea partage pleinement les préoccupations soulevées dans cette lettre » écrit le dirigeant qui y salue des « propositions constructives ». Il s’engage à les soumettre à son conseil d’administration et à apporter des réponses aux questions soulevées par Mirova. Lors d’une conférence de presse, Nicolas Namias, le directeur général de Natixis, s’est voulu rassurant en expliquant que la société de gestion était investie « à hauteur de 70 millions d’euros chez Orpéa, soit 0,2% des positions de Mirova ».
A la surprise générale enfin, un gestionnaire est monté au capital très récemment. Il s’agit de BlackRock, plus grande société de gestion au monde. Elle a informé le régulateur français d’un franchissement de seuil à la hausse des 5% du capital d’Orpea. Dans sa déclaration, le groupe américain met en avant des éléments techniques comme le transfert de titres détenus par des tiers et provenant de « contract for differences » (CFD) portant sur des actions Orpea et réglés en espèces, ainsi que de la conclusion d’un contrat de prêt-emprunt de titres et de contrats de collatéral. BlackRock indique que «sa participation dans Orpéa était historiquement juste en dessous de 5% et que l’augmentation de sa participation, cette semaine, n’est pas le résultat d’une stratégie d’investissement, mais provient d’actions qui lui ont été transférées par des contreparties».
Voilà en tout cas de quoi l’engager, lui qui s’est lancé dans une grande campagne de communication sur toute récente politique ESG. « Les investisseurs ne peuvent pas fermer les yeux sur les problèmes récurrents des entreprises de soins de longue durée, et sur les risques qui pèsent non seulement sur elles mais aussi sur la capacité de la société à garantir des soins adéquats aux personnes âgées », a quant à lui prévenu le Forum pour l’investissement responsable (FIR) dans une missive publiée jeudi et co-signée par l’UNI Global Union, une fédération internationale de syndicats dans le secteur des services. Voilà BlackRock prévenu.
Article mis à jour le 11 février 2022.
Plus d'articles du même thème
-
PARTENARIATUn monde boulerversé? La resilience perdure.
Dans un contexte chahuté, Invesco estime que la résilience perdure et offre un environnement d’investissement favorable pour le reste de l’année. -
En rehaussant ses taux, la Banque du Japon montre sa maîtrise de la politique monétaire
Le taux directeur a été relevé à 1%, comme anticipé, et la banque centrale a annoncé la fin de la réduction d’achats d’obligations à partir d’avril 2027. Une normalisation, attendue, n’a pas provoqué de remous, ni apporté de réconfort à un yen affaibli depuis des mois. -
Renault et Thales s'allient pour développer une filière drone en France
Les deux groupes veulent notamment produire 1.000 unités par mois d'une munition téléopérée baptisée Toutatis à partir de 2027. -
Le superviseur français installe ses premières rencontres anti-blanchiment
Dans le sillage de la création de l’Autorité européenne de lutte contre le blanchiment de capitaux, l'ACPR, le gendarme de la banque et de l'assurance, a organisé une matinée pour souligner les dangers liés à l’innovation financière mais aussi les apports de l’IA pour mener les contrôles. -
Le marché du pétrole n’est pas près de retrouver ses niveaux d’avant-guerre
La perspective d’un accord signé entre Américains et Iraniens dès vendredi a fait plonger le cours du brut à un plus bas depuis début mars. Retrouver un prix inférieur à 70 dollars pourrait toutefois prendre plusieurs trimestres tant les incertitudes restent nombreuses. -
Prix de transfert : le mirage du prix incontestable
Dans une tribune pour l'Agefi, Thierry Louzier, juriste senior conseil au sein du cabinet De Gaulle Fleurance revient sur les prix de transfert souvent présentés comme un terrain privilégié de la fraude fiscale.
ETF à la Une
Tom Stephens (Schroders) : « L’écosystème ETF, la gestion active et la construction de portefeuille moderne convergent fortement »
- L'AMF pourrait ouvrir les OPCVM aux cryptos
- Le régulateur américain veut encadrer les marchés de prédictions ciblés par les hedge funds
- Ethos hausse le ton et exclut toute entreprise engageant de nouveaux projets pétroliers ou gaziers
- L'AFG promeut dans un livre blanc la retraite supplémentaire par capitalisation
- La guerre au Moyen-Orient n'affole pas la place financière de Paris
Contenu de nos partenaires
-
Semences du futurEdition du génome végétal : la dernière ligne droite européenne
L'Europe avait refusé les OGM. 25 ans après, elle ne devrait pas rater ce virage porteur d'innovations -
Après la guerre en Iran, retour aux affaires domestiques pour Donald Trump
Après un accord de principe avec Téhéran, le président américain doit désormais gagner sur un terrain plus redoutable : une opinion publique échaudée par les sacrifices économiques de la guerre, et des midterms qui se rapprochent -
FlamboyantSpaceX laisse-t-il de la place aux autres à Wall Street ?
L'entrée en Bourse de la société continue de faire des vagues. Wall Street se prépare à d'autres opérations majeures dans les prochains mois