«Les frais de gestion institutionnels ne peuvent pas baisser éternellement»
L’Agefi : En tant que gestionnaire important sur le segment institutionnel (92% des 316 milliards d’euros gérés à fin juin), comment voyez-vous évoluer les frais ?
Matthieu Duncan : Pour nous, la pression sur les prix va parfois trop loin sur certains segments. Le critère principal de sélection dans les appels d’offres ne peut pas être celui du prix. La décision finale ne doit pas se jouer au point de base (pb) près. Et la pression tarifaire que nous continuons à sentir quotidiennement dans la gestion institutionnelle soulève de plus en plus la question de la capacité des gestionnaires à délivrer ensuite le meilleur résultat d’investissement. On est proche d’un niveau au-dessous duquel cela pourrait devenir contreproductif. «If you pay peanuts, you get monkeys», disent les Anglo-Saxons… Tirer les prix vers le bas risque à terme de dégrader la qualité des solutions et des services proposés. Est-il plus important pour le client investisseur de concéder 3 pb sur les fees ou de perdre 2% de performance annuelle ? L’équilibre est important dans un métier à la fois très fortement réglementé et très hautement qualifié.
Est-ce spécifique à certains marchés ?
Cette pression des prix est très marquée en France et en Italie pour le marché de la gestion institutionnelle. Paradoxalement, cette guerre sur les prix n’est pas aussi centrale sur d’autres marchés tels que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. Et ce malgré l’influence des consultants : ceux-ci ne cherchent pas seulement à baisser le prix, qui n’est qu’un élément de la prestation. Ils analysent aussi la qualité de la gestion et la qualité du service. Il faut voir ce qu’il y a en face des frais de gestion parfois annoncés : 10 pb peuvent être beaucoup trop élevés si c’est simplement pour répliquer l’indice. Le vrai enjeu reste de délivrer de l’alpha plus que de gagner 3 pb.
Mais c’est devenu plus difficile dans le contexte des dernières années…
Effectivement, les baisses des taux et des rendements ont justifié une baisse «normale» des prix, mais la pression continue alors que les taux ne baissent plus. Les marchés actions sont devenus quasiment unidirectionnels et sans volatilité expliquant la forte croissance de la gestion passive depuis 2009. Un environnement de marché plus perturbé redonnera assurément de la valeur à la gestion active.
Plus d'articles du même thème
-
Le fonds Défense de Bpifrance collecte 100 millions d'euros auprès des particuliers
La banque publique d'investissement avait lancé en octobre dernier un fonds ouvert aux particuliers qui investit dans les entreprises non cotées du secteur de la défense en France. -
La Région Auvergne-Rhône-Alpes lance un appel d'offres pour un fonds défense de 100 millions d'euros
Auvergne-Rhône-Alpes Investissement, structure de gestion des participations régionales, recherche un ou plusieurs intermédiaires financiers pour constituer et gérer un fonds dédié aux industries de la défense, de la sécurité et des technologies souveraines. -
IMGP réalise une collecte nette de 1,6 milliard de dollars en 2025
Deux ETF vont prochainement voir le jour. -
André Müller-Wegner prend la tête de l'Amas
L’association de la gestion d’actifs suisse a annoncé l’élection de son nouveau président. -
HSBC AM recrute une responsable des ventes institutionnelles
Camilla Crowe vient de rejoindre HSBC Asset Management en tant que responsable des ventes institutionnelles au Royaume-Uni, selon un post Linked-In. Elle a travaillé pendant quatorze ans au sein de Columbia Threadneedle Investments comme responsable des relations avec les consultants. Elle a aussi travaillé pour Deutsche Bank et Mellon Financial par le passé. -
La cotation de SpaceX nourrit l’attractivité de l’investissement spatial
Dans le sillage de l’entrée en Bourse de SpaceX vendredi 12 juin, la «commercialisation de l’espace» va devenir économiquement viable, relèvent deux études. Plusieurs secteurs connexes s’avèrent attractifs pour les investisseurs.
ETF à la Une
Tom Stephens (Schroders) : « L’écosystème ETF, la gestion active et la construction de portefeuille moderne convergent fortement »
- Marc Riez (Vega IS) : «Nous avons engagé des discussions avec Novobanco au Portugal»
- L'AMF pourrait ouvrir les OPCVM aux cryptos
- Le régulateur américain veut encadrer les marchés de prédictions ciblés par les hedge funds
- Ethos hausse le ton et exclut toute entreprise engageant de nouveaux projets pétroliers ou gaziers
- L'AFG promeut dans un livre blanc la retraite supplémentaire par capitalisation
Contenu de nos partenaires
-
Gentleman parfumeur et agriculteur
Aurélien Guichard, nez et cultivateur, a choisi, à travers sa marque Matière Première, de produire des fragrances du champ… au flacon. -
In folioAlexandre Guy : la course du rat
Les romans qui mettent en scène un médecin sont légion, ceux qui racontent la glissade d’un personnage en crise aussi. Autant dire qu’Alexandre Guy, en s’aventurant sur ce terrain encombré, n’a pas choisi la facilité. Il s’en sort en dosant parfaitement ses effets -
Le « Brinkmanship », ou le risque du jusqu’au-boutisme en relations internationales
À Evian, Trump brandit la menace tarifaire en pleine négociation sur Ormuz tandis que la Russie attaque Kiev. En relations internationales, « politique de la corde raide » a ses adeptes