Les Etats-Unis ont deux ans pour mettre de l’ordre dans leurs finances publiques
Une crise souveraine des Etats-Unis est-elle possible? En tous cas, ce qui était invraisemblable hier, semble envisageable aujourd’hui. Moody’s a averti jeudi que le risque d’une mise sous perspective négative de la note Aaa des Etats-Unis dans les deux ans à venir était de plus en plus élevé. Barack Obama a eu beau durcir un peu le ton lors de son discours sur l’état de l’Union, les prévisions du CBO et l’avertissement de Moody’s poussent à des réformes de plus grande ampleur. «L’échéance d’une dégradation future possible se réduit, et la probabilité de placer la note sous perspective négative dans les deux ans à venir augmente» estime Steven Hess, analyste chez Moody’s.
En cause, la reconduction des crédits d’impôts lancés sous la présidence de George Bush pour deux années supplémentaires et le contexte de cohabitation entre Républicains et Démocrates qui complique la mise en œuvre de réformes. Moody’s rappelle que les Etats-Unis ont le ratio dette sur recettes le plus élevé des pays notés Aaa. A 426%, il est deux fois plus élevé qu’en Allemagne, France et Grande-Bretagne, et quatre fois plus élevé qu’en Australie, Suède et Danemark.
Une inquiétude partagée par le FMI qui estime dans la dernière édition du Moniteur des finances publiques que «les Etats-Unis et le Japon adoptent de nouvelles mesures de relance et retardent le rééquilibrage de leur budget».
Mais Moody’s s’inquiète également de la dérive des finances locales. Pour 31 Etats, le paiement de la dette et des retraites pèsent plus de 100% des recettes annuelles. Pour 10 d’entre eux, il dépasse même 200%. Durant les 30 dernières années, les dépenses du programme Medicare ont progressé à un rythme de 5% supérieur à la croissance du PIB.
Pour l’instant, il s’agit d’un avertissement sans frais, mais les Etats-Unis ne peuvent plus se permettre de jouer la montre, alors que l’Europe a déjà mis en place depuis quelques mois des programmes de réduction de dette drastiques. La dégradation de la note du Japon par S&P montre que les menaces des agences ne restent pas lettre morte, alors que 50% de la dette américaine est détenue par des investisseurs étrangers contre 6% au Japon. Si le CDS des Etats-Unis reste faible à 51,6 points de base (contre 59,8 bp pour le CDS allemand), la hausse des taux longs semble due, selon certains économistes, à une hausse de la probabilité de défaut dans les prochaines années.
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