Les Etats-Unis devraient préserver leur AAA
La mise sous surveillance récente par S&P du rating de la dette américaine a fait l’effet d’une douche froide sur les marchés, même si elle n’a pas mené à la crise de confiance redoutée. Après le haro sur la dette souveraine européenne, jusqu’où ira la foi des marchés dans la capacité de redressement de l’économie américaine? Il est vrai que les Etats-Unis brillent par l’absence de mesures destinées à assurer le retour à un équilibre durable de leur énorme déficit public. Alors comment expliquer la relative clémence des agences de notation?
Au-delà des leviers fiscaux dont disposent encore les Etats-Unis, l'élément de réponse majeur réside dans l’origine des détenteurs de cette dette. Le graphique ci-contre montre que près de 30% du stock de bons du Trésor américain est détenu par des investisseurs étrangers. Mais ce sont surtout des banques centrales qui détiennent cette dette et l’administration Obama fait manifestement le pari que les pays concernés continueront d’accorder leur confiance et de recycler en dollars leur épargne excédentaire: rien ne doit compromettre l’absorption par l’Amérique de leurs excédents commerciaux!
Même si l’étau se resserre, le statut du billet vert comme actif de réserve ‑associé au pouvoir de battre monnaie pour financer les déficits‑ constitue un atout de poids. Les Etats-Unis se verront sûrement accorder plus de temps pour remettre de l’ordre dans leurs finances publiques et devraient préserver leur AAA. En attendant ce redressement, on constatera probablement des impacts sur les niveaux d’inflation et sur le niveau du dollar. En particulier, des ajustements significatifs entre certaines monnaies émergentes et le dollar sont à prévoir, de pair avec l’accession du yuan à la convertibilité.
mustapha.bouheraoua@schroders.com
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