Les économistes doutent d’une baisse du taux de la facilité de dépôt de la BCE
Les gouverneurs de la Banque centrale européenne (BCE) qui se réunissent aujourd’hui pourraient peser le pour et le contre d’un taux de la facilité de dépôt négatif. Celui-ci a été ramené à 0% en juillet dernier, dans le sillage de la baisse du refi à 0,75%. Si de nombreux économistes croient à une baisse du refi dans les prochains mois, la plupart doutent qu’elle se répercute sur la rémunération des dépôts.
En décembre, le président de la BCE, Mario Draghi, a reconnu qu’une baisse du taux de la facilité de dépôt avait été abordée par les gouverneurs «Nous avons brièvement évoqué les difficultés soulevées par cette mesure et ses possibles effets indésirables», mais «nous n’avons pas poussé les discussions plus loin». Interrogé par le Wall Street Journal cet été, Peter Praet, membre du conseil des gouverneurs, était tout aussi prudent: « nous sommes techniquement prêts (...) mais nous avons très peu d’expérience». D’après les précédents suisses et danois, le banquier concluait «à un effet sur les taux de change, ce qui n’est pas un objectif pour nous». Enfin, il se préoccupait des éventuelles conséquences sur le crédit.
Aux dires de Fabrice Montagné, économiste chez Barclays, baisser le taux de rémunération des dépôts «pousserait les investisseurs à chercher des rendements en se tournant vers des actifs plus risqués ou avec des maturités plus longues». Même s’il doute de l’intérêt global de la mesure, il avance que «ce serait une vraie baisse des taux parce que les taux de marchés, dans la mesure où on a un excès de liquidités, sont de fait fixés par le taux de la facilité de dépôt».
C’est justement l’excès de liquidités qui pose problème, explique une source proche de la BCE. Une baisse du taux incite en principe «les banques liquides à faire de l’interbancaire, mais ne marche que s’il y a des emprunteurs. Or toutes les banques sont sur-liquides aujourd’hui». Surtout, la baisse pourrait nuire au financement de l’économie. La même source explique que les gestionnaires de fonds, y compris les assureurs et les fonds de pension, seraient les premiers à en faire les frais.
«Cela serait vraiment un saut dans l’inconnu», résume Philippe Weber, responsable stratégie chez CPR AM. Il précise que la baisse du taux de la facilité ne changera rien si les banques peuvent toujours laisser sans frais sur leur compte courant leurs réserves excédentaires. Non rémunérées, celles-ci devraient alors aussi subir un taux négatif.
Plus d'articles du même thème
-
La faiblesse du yen tourne au casse-tête pour le Japon
La devise nippone est au plus bas depuis 40 ans, malgré des interventions massives. La Banque du Japon ne semble pas en mesure d’y remédier de façon crédible. Les écarts de taux encouragent toujours plus les stratégies de portage sur les marchés mondiaux, avec les risques qu'un débouclage soudain comporterait. -
Soitec prévoit une croissance de plus de 30% des revenus au deuxième trimestre
Soitec a publié de manière anticipée un chiffre d'affaires trimestriel en forte hausse, tiré par l'explosion de la demande en IA et son activité Photonics-SOI. Les perspectives restent solides. -
Les régulateurs français et néerlandais dévoilent des propositions pour parvenir à la supervision centralisée
Dans le cadre du paquet de mesures dévoilées par la Commission européenne en décembre dernier, la surveillance centralisée est au cœur des débats. Pour réussir cette transformation, l’AMF et son homologue néerlandais (AFM) ont publié cinq recommandations. -
Alstom anticipe une accélération de sa dynamique commerciale
Alstom confirme ses objectifs annuels et anticipe une accélération de sa dynamique commerciale, malgré un repli des prises de commandes au premier trimestre. -
Ipsos abaisse ses prévisions de ventes en 2026
Malgré un rebond au deuxième trimestre, Ipsos révise à la baisse sa prévision de croissance organique pour 2026 autour de 2 %, tout en maintenant son objectif de marge opérationnelle. -
Dassault Aviation maintient son plan de vol pour 2026
Dassault Aviation confirme ses objectifs annuels après un premier semestre marqué par une forte hausse de son chiffre d'affaires.
ETF à la Une
T. Rowe Price lance un ETF multi-crypto à gestion active
- Arnaud Jacquemin et Gaëlle Duclos (Société Générale Securities Services) : « La taille n’est qu’une dimension de notre compétitivité »
- Mirova négocie la cession de son pôle private equity à Jolt Capital
- Amundi va générer une plus-value de 300 millions d'euros avec l'IPO de SBI FM
- Fabrice Kremer va succéder à Guy Wagner en tant que directeur des investissements de BLI
- Echiquier Gestion Privée mise sur l'architecture ouverte pour séduire de nouveaux clients
Contenu de nos partenaires
-
Ramer à contre-courantBudget 2027 : un effort de 35 milliards d'euros
En 2027, les dépenses publiques bondiraient de près de 60 milliards si rien n'est fait. Le gouvernement prépare pour 2027 un redressement ambitieux -
FeuilletonMonique Barbut, la bombe qui n’en finit pas d'embarrasser Lecornu
Le chef du gouvernement doit désormais composer avec une ministre imprévisible qui a menacé de démissionner à au moins trois reprises en neuf mois. Une répétition qui a démonétisé l’arme de négociation favorite de Monique Barbut -
ArbitragesBudget : grands dilemmes et petits comptes de Jean-Pierre Farandou
A la tête du poste qui doit le plus contribuer à l'effort budgétaire, le ministre du Travail tente d’éviter une nouvelle ponction de l’Unédic et réfléchit à des coups de rabot