Les économistes abaissent leur prévision de croissance pour les Etats-Unis
Barack Obama n’a guère provoqué de mouvements sur la courbe des taux américaine en annonçant mercredi sa volonté d’économiser 4.000 milliards de dollars sur douze ans. Mais la restriction programmée de l’arme budgétaire, l’un des deux soutiens à l’économie américaine avec l’assouplissement quantitatif de la Fed (QE2), censé s’achever en juin, devrait conforter les prévisionnistes dans la prudence qu’ils affichent depuis peu.
De nombreux économistes de banque ont en effet abaissé ces derniers jours leurs estimations de croissance aux Etats-Unis. A l’image de Deutsche Bank, qui a ramené à 2,8% (-1 point) sa prévision de progression du PIB au premier trimestre, ou de RBS, qui n’attend plus que 2% de hausse là où la banque britannique en espérait 4% encore en février. Le consensus est désormais à 2,4%, contre 3,5% en début d’année, indiquait hier Aurel BGC. Le chiffre de la croissance sera publié fin avril.
La raison tient à l’accumulation récente de mauvais indicateurs. L’immobilier, même si son poids dans le PIB a diminué depuis 2006, replonge. La balance commerciale de février a fait ressortir un affaiblissement des exportations, plus marqué que celui des importations. Les commandes de biens durables ont reculé sur les deux premiers mois de l’année, ce qui laisse craindre, à tout le moins, un ralentissement de l’investissement des entreprises.
L’accès de faiblesse pourrait se confirmer au deuxième trimestre, en raison, notamment, de la catastrophe japonaise. «Les ruptures d’approvisionnement dans les secteurs de l’automobile et de la technologie vont peser sur les ventes au détail en avril», souligne Christian Parisot, chef économiste chez Aurel BGC. Dans le Beige Book publié mercredi, la Fed de Minneapolis indique ainsi que 41% des entreprises qu’elle a interrogées s’attendent à un impact négatif de la catastrophe au Japon. «Il y a encore une forte incertitude sur le calendrier et l’ampleur, mais la perte de confiance du consommateur et des PME suggère qu’il y aura un impact», estime Julia Coronado, la chef économiste de BNP Paribas aux Etats-Unis. Déjà dans le clan des pessimistes, elle table sur une croissance de 1,5% du PIB au deuxième trimestre et a ramené mardi celle du premier trimestre à 1,5% contre 2,3%. Les indices laissés par la Fed dans les prochaines semaines sur sa stratégie de sortie du QE2 seront d’autant plus attendus.
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L'Union européenne dégaine ses mesures face à l'envolée du prix des engrais
Strasbourg - L’Union européenne s’apprête à débloquer des fonds mardi pour aider les agriculteurs face à la flambée du prix des engrais, une tendance qui s’est encore accentuée depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient. Pour mettre la pression, des organisations agricoles ont prévu dès le matin un rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg, où la Commission doit dévoiler son plan d’action. «Les agriculteurs abordent la prochaine saison d’achat (d’engrais) dans un climat d’extrême incertitude, sur le coût, mais aussi sur la disponibilité effective des engrais», met en garde le Copa-Cogeca, qui rassemble les principaux syndicats agricoles européens. Avant le conflit au Moyen-Orient, 30% des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz. Depuis fin février, le prix des fertilisants a bondi en Europe. Ceux à base d’azote coûtent autour de 500 euros la tonne désormais, contre quelque 380 euros l’hiver dernier. A cela, s’ajoute l’envolée du coût du gazole pour les tracteurs, qui a poussé nombre d’Etats à sortir le carnet de chèques pour limiter la facture. La Commission européenne, qui avait promis bien avant cette guerre des mesures en faveur des agriculteurs, se retrouve sous forte pression. La guerre «a créé une prise de conscience de la nature stratégique du secteur des engrais». Le plan d’action européen est monté de «quelques crans en termes d’importance politique», souligne Tiffanie Stephani, chez Yara, l’un des plus gros producteurs d’engrais en Europe. A court terme, Bruxelles va puiser dans la «réserve agricole», des fonds européens destinés aux situations de crise pour soulager le secteur. Il reste environ 200 millions d’euros dans cette enveloppe pour l’année 2026. La situation est particulièrement difficile pour les céréaliers. Gros consommateurs d’engrais, ils sont dans le rouge depuis trois ans à cause de l’effet combiné d’une récolte de blé catastrophique en 2024 et d’une année 2025 déjà marquée par des engrais très chers ainsi qu’un blé sous les 200 euros la tonne en France, confrontée à une concurrence internationale accrue. Taxe carbone pas remise en cause Au-delà de l’urgence, l’Union européenne, qui importe 60% des engrais qu’elle consomme, promet d’agir à plus long terme avec deux mots d’ordre: la diversification des approvisionnements et l’augmentation de la production européenne. Bruxelles pourrait aussi assouplir ses règles sur les nitrates pour autoriser les paysans à utiliser davantage de digestat, des résidus issus de la méthanisation des déchets organiques utilisés comme alternatives aux engrais chimiques. Cet assouplissement inquiète les organisations environnementales, qui craignent des pollutions de l’eau. En dépit des appels de plusieurs pays, dont la France, et des agriculteurs, l’exécutif européen n’a en revanche pas l’intention de suspendre sa taxe carbone aux frontières (CBAM) sur les engrais, en place depuis le 1er janvier pour décarboner le secteur et soutenir les producteurs européens. Sur ce volet, la Commission a «déjà pris des mesures pour aider les agriculteurs», insiste une porte-parole, avec une suppression temporaire de droits de douane sur les fertilisants, hors Russie et Bélarus, et une adaptation de la taxe carbone afin «d’atténuer fortement son impact». Remettre en cause cette taxe ouvrirait une brèche dans un mécanisme qui concerne d’autres secteurs polluants, comme l’acier, l’aluminium, le ciment, l'électricité et l’hydrogène. Et cela désavantagerait les fabricants européens, qui tentent d’augmenter leur production. Le mécanisme européen «est vraiment indispensable pour garantir une concurrence équitable pour notre secteur», revendique ainsi Tiffanie Stephani. L’Union européenne ne reviendra pas non plus sur l’augmentation progressive des taxes sur les engrais russes et bélarusses, dont Bruxelles voudrait définitivement se passer afin de priver Moscou de ressources qui financent la guerre en Ukraine. Face à la dépendance persistante de l’Europe aux importations, l’un des grands enjeux est le développement d’engrais alternatifs, bas carbone. Jusqu’ici, cette ambition a buté sur des coûts de production souvent très élevés, notamment en raison du prix de l'énergie. Plusieurs projets ont été abandonnés, dont une initiative en Autriche, baptisée «Green Ammonia Linz». Adrien DE CALAN © Agence France-Presse -
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