Les discussions sur la réforme de l’Union économique et monétaire sont mises en veilleuse
L’exercice de réflexion sur l’avenir de la zone euro lancé en 2012 sous la forme d’un rapport «vers une véritable union économique et monétaire» cosigné par les dirigeants des quatre principales institutions européennes, a du plomb dans l’aile. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, qui a repris le pilotage des travaux jusqu’alors confiés au Conseil, pourrait décider d’attendre la rentrée avant d’en publier une nouvelle version. En cause: le blocage des négociations avec Athènes et le risque d’un «Grexit», indique-t-on à Bruxelles.
Mais sur le fond, la constellation créée par l’élection britannique, la crise grecque et l’aversion de l’Elysée pour un tout changement de traité européen risquent de limiter les ambitions d’un document qui se veut stratégique et programmatique. La «contribution» remise en commun par Paris et Berlin à Bruxelles se distingue par sa modestie. Elle se contente essentiellement d’appuyer la politique de la Commission Juncker: recentrage des recommandations macro-économiques sur «un nombre plus limité de priorités», mise en œuvre de l’agenda sur le numérique ou l’énergie, établissement d’un «cadre de convergence» des bases d’imposition.
Seules innovations proposées: la réunion d’un sommet de la zone euro «dans le cadre du semestre européen», où serait discutée une «politique économique au niveau agrégé de la zone euro» proposée par la Commission et la création de «structures dédiées spécifiques à la zone euro au sein du Parlement européen». Même la création d’un poste de président de l’Eurogroupe à plein temps n’est pas mentionnée. Des contributions sur le «cadre politique et institutionnel» d’une réforme plus profonde seront faites «d’ici fin 2016», indique le papier. Cette prudence contraste avec les contributions espagnole et italienne qui recommandent de travailler dès à présent sur une union fiscale, sur un changement de mandat de la BCE et la création d’un budget et d’instruments de dette commun en zone euro.
La demande de David Cameron de renégocier les conditions de l’adhésion britannique à l’Union européenne pèse aussi sur les discussions, reconnaît-on à Bruxelles. Le risque est que le Premier ministre britannique prenne prétexte de l’inscription d’une révision des traités destinée à renforcer l’UEM pour surenchérir sur ses propres demandes d’aménagement de l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union. Et de résumer: «On est un peu dans un jeu de billard à trois bandes».
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