Les devises émergentes ne sont pas à l’abri d’une nouvelle correction
Malgré un répit observé au cours du premier semestre, de nombreuses devises restent surévaluées en termes de taux de change effectif réel
Publié le
Patrick Aussannaire
Les devises émergentes ou exotiques se sont offert un répit au premier semestre. Contre le dollar, le real brésilien a progressé de 8% depuis le début de l’année, les dollars néo-zélandais et australien de 6% et 5,3%, et la roupie indienne de 3%. Un rebond largement dû à la politique de resserrement monétaire mise en place au Brésil, en Nouvelle-Zélande et en Inde.
Si la livre turque et le peso mexicain sont restés stables, le rouble, pénalisé par les tensions géopolitiques, a corrigé de 4,5%, alors que la baisse du rand sud-africain s’est limitée à 2%. Le recul de 3% du yuan étant néanmoins surtout lié à la décision des autorités chinoises d’intégrer plus de volatilité dans la devise.
Pour le moment, le discours encore très accommodant de la Fed à sa dernière réunion a donné un coup de pouce aux devises émergentes en favorisant les stratégies de portage (carry trades) des investisseurs. Pourtant, les risques de correction perdurent, avec «une courbe des taux de change anticipés en Asie qui traite déjà avec une forte décote», indique BNP Paribas. L’enquête réalisée par SG CIB auprès des investisseurs sur les marchés émergents révèle d’ailleurs qu’ils sont pessimistes à 49% sur son évolution à deux semaines, contre 38% d’optimistes. Un renversement puisqu’ils étaient 29% de baissiers en avril et 58% de haussiers.
A horizon trois mois, la part des optimistes reste néanmoins stable à 54%, soit 19 points de plus que les pessimistes. Pourtant, l’incertitude demeure quant à leur réaction à la probable remontée des taux longs américains à la suite de la fin du QE3 en octobre et à la préparation d’une hausse des taux Fed funds anticipée début 2015. «La réaction des marchés sera moins violente qu’en mai 2013, les investisseurs ayant sensiblement réduit leurs positions sur les actifs émergents même si on a pu voir au cours du deuxième trimestre un certain retour des flux de capitaux», estime Natixis.
Côté valorisation, les taux de change effectifs réels tenant compte de l’inflation montrent une surévaluation du rouble, du real, et des dollars australien et néo-zélandais. A contrario, le rand sud-africain est désormais la devise émergente la plus sous-évaluée de 15% à fin mai, la livre turque et la roupie indienne étant à leur niveau d’équilibre, selon la BRI.
Dans ce contexte, Natixis est négatif sur le rouble et le real, prudent sur les devises matières premières, et positif sur le rand.
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