Les banques centrales avancent prudemment sur les monnaies électroniques
La plupart des banques centrales étudient la question, mais seules quelques-unes sont prêtes à expérimenter, et moins encore à se lancer.
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Bastien Bouchaud
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Sans même parler de cryptomonnaies, les banques centrales ne sont pas encore prêtes à émettre de la monnaie électronique (Central Bank Digital Currency – CBDC). Seules deux banques centrales de pays émergents estiment qu’elles pourraient émettre une telle devise à court terme, d’après les résultats d’une étude menée par la Banque des règlements internationaux (BRI) auprès de 63 banques centrales représentant plus de 90% de l’économie mondiale. «Bien qu’une majorité de banques centrales étudient les CBDC, ce travail est avant tout conceptuel et seules quelques-unes envisagent d’émettre une CBDC à court ou moyen terme»,notent Christian Barontini et Henry Holden, les économistes en charge de l’enquête.
Les auteurs se sont penchés plus particulièrement sur deux projets de monnaie électronique émise par une banque centrale, la e-krona en Suède et le e-peso en Uruguay, l’usage de l’argent liquide dans les deux pays stagnant. La banque centrale uruguayenne est de loin la plus avancée. Un projet pilote a été mené entre novembre 2017 et avril 2018, avec l’émission de 20 millions de e-pesos. L’expérimentation réussie a toutefois montré certaines limites de ces monnaies électroniques, avec notamment un très faible taux d’adoption parmi les seniors posant des questions sur l’exclusion financière.
Des questions plus larges restent par ailleurs ouvertes, que ce soit sur le degré d’anonymat accordé à ces monnaies électroniques, si elles doivent permettre de percevoir des intérêts ou non et sur la technologie utilisée. La Riksbank estime ainsi que la technologie blockchain est encore «trop immature» pour autoriser l’émission d’une monnaie électronique grand public. Interrogées sur les perspectives des cryptomonnaies, 90% des banques centrales se sont montrées sceptique sur leur capacité à développer leur usage. La banque centrale suédoise se dirige ainsi vers une expérimentation d’une e-krona traçable, prépayée et sans capacité à porter des intérêts.
Si, à moyen terme, près de 40% des banques centrales interrogées estiment l’émission de monnaie digitale «possible», la prudence devrait rester de mise. «A ce stade, la plupart des banques centrales semblent avoir clarifié les difficultés liées au lancement d’une CBDC, mais elles ne sont pas encore convaincues que les avantages l’emporteront sur les coûts», concluent les auteurs.
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