L’épargne, réforme majeure du quinquennat
La réforme de l’épargne engagée par le gouvernement Philippe pourrait bien un jour compter parmi les plus importantes du quinquennat. Il est certain que la « flat tax » à 30 %, la mutation de l’ISF en impôt sur la fortune immobilière (IFI), le remodelage de l’assurance-vie et, surtout, l’homogénéisation et la simplification des produits d’épargne-retraite auront un effet puissant, même s’il sera sans doute lent et progressif, sur les flux d’épargne des Français. Lorsque les historiens feront le bilan de ces mesures, on peut espérer qu’ils y verront le déclencheur d’un rééquilibrage urgent du patrimoine des ménages au détriment de l’immobilier physique, et l’amorce d’un retour vers le placement en actions, trop dangereusement délaissé. Elles pourraient surtout donner le signal du basculement massif des ménages vers le financement du troisième voire du quatrième âge de leur vie.
Peut-être y discerneront-ils aussi l’origine de la modification prévisible de la place relative des grands acteurs de la finance, qui se livrent, en coulisses, un combat sans merci pour gérer l’épargne privée. Pour les banquiers, assureurs et gérants d’actifs, celui-ci se poursuivra, avec la même âpreté, pour infléchir dans leur sens les textes présentés au Parlement. Pour ceux qui exercent les trois métiers, il ne peut mal tourner car aucun d’eux – financement du logement, assurance-vie, financement de la retraite – n’est menacé par les décisions prises. Pour les assureurs, le bilan risque d’être plus mitigé : si le maintien du fonds en euro, un temps follement menacé, les a rassurés – et les aménagements des produits euro-croissance sont appréciables –, ils ont perdu le grand arbitrage, celui de l’option capital-rente, qui enrayait jusqu’ici toute velléité de réforme de l’épargne-retraite. En arbitrant contre la seule sortie en rente, même si celle-ci reste favorisée, et en ménageant de larges possibilités de sortie en capital, assujettie à l’impôt sur le revenu, le ministre Bruno Le Maire a tranché contre les assureurs, et largement contre sa propre administration. Ce faisant il a, consciemment ou non, ouvert à deux battants la porte aux « asset managers ». Ils ne manqueront pas de s’y engouffrer.
Son arbitrage, qui privilégie la souplesse et une logique d’épargne longue plus que d’épargne-retraite, va contraindre chacun à en tirer les conséquences sur son offre, son positionnement concurrentiel, voire sur ses contours. Reste que, dans la durée, les conséquences de cette décision sur la montée en puissance globale de l’épargne financière ne font guère de doute et tous les métiers qui s’y rattachent devraient en profiter. Ce premier étage de la réforme à venir des retraites, qui se prépare encore à l’abri des regards, s’annonce même, pour cette raison, comme l’une des mesures les plus importantes depuis des lustres pour les acteurs de la Place.
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