Le marché du crédit subit une mise à l’épreuve
La remontée des rendements en zone euro sonne-t-elle le glas de l’attractivité relative du marché du crédit? En l’espace de deux semaines, la hausse du rendement du Bund à 10 ans d’un plus bas de 0,05% à 0,54% a déjà eu un impact significatif sur les obligations investment grade (IG) en effaçant les deux tiers de leur performance depuis le début de l’année. Le compartiment high yield (HY) a nettement mieux résisté au mouvement de ventes des obligations d’Etat en maintenant ses bonnes performances, alors que les spreads ont continué de se resserrer.
Le rendement total des obligations d’entreprises IG a chuté d’un niveau de 1,8% mi-avril à 0,48%, avec des pertes de 3,5% sur la partie 10 ans, pour une perte plus limitée de 1% sur la partie de 5 et 7 ans et une performance nulle sur celle allant d’un à 3 ans. Dans le même temps, la performance du HY ne s’est érodée que de 0,3 point pour rester à un niveau de 3,4% depuis le début de l’année.
«Le marché du crédit HY n’a pas seulement surperformé le marché IG en 2015 en terme de resserrement des spreads, mais a également accru son avance sur les deux dernières semaines. L’amélioration des perspectives de croissance et d’inflation en zone euro à l’origine de la hausse des rendements pourrait également renforcer cette tendance», ajoute SG CIB.
Les spreads de crédits sont restés jusqu’ici relativement stables, avec un niveau toujours serré de 62 pb sur l’indice «iTraxx Main» 5 ans, alors que l’«iTraxx X-Over» est revenu sur ses niveaux de mi-avril autour de 280 pb. Les spreads se sont même resserrés de 5 pb à 107 pb sur l’IG par rapport au taux de référence et de 13 pb à 375 pb sur le compartiment HY, selon les chiffres de SG CIB. Une tendance qui s’explique par «la faiblesse de la liquidité (difficultés à racheter une obligation sur le marché secondaire une fois qu’elle a été vendue), par une baisse de l’offre sur les dernières séances et le maintien de la préférence pour les obligations d’entreprises IG dans un environnement incertain concernant l’avenir de la Grèce», explique UBS.
Cette période de resserrement des spreads s’est accompagnée d’un ralentissement des émissions corporates sur le marché primaire à un montant de 2,95 milliards d’euros sur la semaine écoulée contre une moyenne hebdomadaire d’environ 7 milliards depuis le début de l’année et des pics à plus de 10 milliards. «Tant que la situation en Grèce ne se détériore pas sensiblement et que le volume d’émissions reste digérable à un niveau inférieur à 10 milliards d’euros par semaine, les spreads devraient continuer de s’améliorer progressivement, avec un impact limité de la correction observée sur les obligations d’Etat», estime SG CIB.
Si la hausse est significative depuis début avril, les taux à 10 ans sont revenus sur leurs niveaux de début d’année, sauf en France et en Espagne où ils se sont tendus de 10 pb et 25 pb. «Malgré la hausse récente des taux souverains, la différence entre les rendements offerts par les obligations d’Etat et les besoins de rendements des assureurs est toujours d’environ 139 pb. Ce qui signifie que le point d’inflexion au-delà duquel les rendements d’Etat commencent à affecter les spreads de crédit n’est pas de 20 pb mais plutôt d’environ 160 pb, ce qui laisse une bonne marge de manœuvre», ajoute SG CIB qui y voit même «une raison de devenir encore plus optimiste» sur les perspectives de rendement offertes par la classe d’actif crédit sur les prochains mois.
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