Le marché du crédit intègre déjà le pire pour l’automobile américaine
Le règlement des CDS des constructeurs ne constituerait pas un risque systémique pour le marché des dérivés de crédit
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Violaine Le Gall
Le rejet du plan de sauvetage des constructeurs américains par le Sénat ajoute encore à la tension sur les marchés de crédit. L’iTraxx Crossover avait déjà franchi la barre des 1.000 points de base (pb) début décembre. Alors qu’il s’établissait à 573 pb fin septembre, cet indice, reflet du coût de la protection contre le risque de défaut des cinquante signatures européennes les plus risquées à cinq ans, s’est envolé sur fond de dégradation de la conjoncture économique et d’illiquidité sur le marché du crédit. Il a clôturé à son plus haut historique à 1.095 pb vendredi.
A son niveau actuel, l’iTraxx Crossover anticipe déjà un taux de défaut supérieur à 15% d’ici la fin de l’année prochaine. «Les marchés semblent avoir déjà bien anticipé les possibles faillites de constructeurs automobiles américains, observe Bertrand Michaud, analyste crédit chez Louis Capital Markets. Toutefois, de telles annonces risquent de rallonger la période de forte incertitude dans laquelle nous nous trouvons.»
Une faillite de l’un des constructeurs automobiles américains ne devrait pas déstabiliser le marché des CDS (credit default swaps). Certes, le niveau des CDS de Ford et General Motors intègre la perspective de graves difficultés financières à court terme. Le premier traite avec 73,5% d’avance (upfront) et le second avec 82,75 %. L’upfront est utilisé lorsque la dette est considérée en souffrance. Car le vendeur de la protection exige une plus grosse avance au début de l’opération.
Mais la faillite d’un constructeur ne devrait pas constituer un risque systémique. Les montants notionnels nets des CDS sur les constructeurs américains, qui représentent la somme maximum pouvant être transférée des vendeurs aux acheteurs de protection en cas de défaut, sont inférieurs à ceux de Lehman Brothers. Le règlement sur les CDS de la banque avait entraîné le versement de 5,2 milliards de dollars. D’après les données publiées par la chambre de compensation DTCC du 5 décembre, 3,29 milliards de dollars pourraient changer de mains si GM faisait faillite. Pour Ford, le montant notionnel net s’élève à 4,25 milliards de dollars. «Nous pensons que le marché des CDS est capable de résister à des défauts liés à l’automobile en supposant que le risque de contrepartie est dispersé de la même façon que dans le passé», soulignent les analystes de Creditsights.
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