Le marché des muni bonds aux Etats-Unis se prépare au défaut de Porto Rico
La Grèce n’est plus un cas isolé depuis le déclenchement ce week-end de la spirale d’un défaut de Porto Rico, rebaptisée «Grèce des Caraïbes». Son gouverneur, Alejandro Garcia Padilla, a annoncé qu’il présenterait à ses créanciers avant le 30 août une proposition de restructuration de l’ensemble de la dette publique du pays, qui se monte à 72 milliards de dollars en comptant celle des entreprises d’Etat. S’il a assuré que les échéances seront honorées d’ici là, à l’instar de celle de 630 millions de dollars qui a été acquittée hier, cette annonce choc a été suivie par une nouvelle dégradation de la note du pays à «CCC-» par S&P. L’agence de notation s’inquiète notamment de «la très faible liquidité et de la difficulté de la république à obtenir l’accès au marché externe pour se financer».
Porto Rico dispose du statut de «Commonwealth associé aux Etats Unis» qui le place sous la supervision de l’Etat fédéral américain, mais sans en partager la souveraineté. Dans ce cadre, Porto Rico fait partie du marché américain des «muni bonds» et ses obligations ne sont soumises à aucun impôt local ou fédéral, contrairement aux autres titres qui ne sont exemptés d’impôts que dans l’Etat d’émission. La Maison-Blanche s’est refusé à puiser dans les réserves fédérales pour renflouer le pays, mais a appelé le Congrès à faire passer Porto Rico sous le chapitre 9 de la loi des faillites américaine dont bénéficient les Etats. Ce régime permettrait à l’île de continuer à émettre des titres même en phase de restructuration de sa dette, mais ne bénéficierait pas à ses entreprises d’Etat.
L’intégration des obligations portoricaines dans le processus de restructuration de dette du pays constituerait le défaut sur la dette municipale le plus important dans l’histoire des Etats-Unis et serait quatre fois supérieur à celui de Detroit en 2013. Si le statut fiscal privilégié dont disposent les titres a attiré les investisseurs, le passage de la note portoricaine en catégorie spéculative en février 2014 a déjà érodé une partie de sa base d’investisseurs traditionnelle de particuliers et fonds communs. «La nature du marché des ‘muni bonds’ américain de 3.700 milliards de dollars détenu par des investisseurs peu endettés suggère qu’un défaut sur un titre est peu enclin à entraîner un mouvement de ventes forcées sur d’autres actifs corrélés comme l’a montré le défaut de Detroit», estime SG CIB.
Plus d'articles du même thème
-
Les fonds ne peuvent plus ignorer l'IA et la cybersécurité dans leurs opérations de M&A
Lors de l'acquisition d'une société, les groupes de capital investissement doivent désormais prendre en compte les risques liés à l'intelligence artificielle et à la cybersécurité en réalisant des audits appropriés et en mettant en place des clauses contractuelles sur mesure, estiment dans une tribune Clara Hainsdorf et Guillaume Vitrich, avocats associés chez White & Case. -
La dette émergente corporate joue les actifs refuges
Ce segment du marché a été le plus résilient dans la dette émergente et dans la plupart des actifs risqués depuis le début du conflit en Iran. -
Sophie Kurinckx-Leclerc : «Banijay conserve de la flexibilité pour des opportunités de M&A»
En quelques mois, le spécialiste du divertissement a annoncé deux acquisitions majeures. La directrice financière de Banijay, Sophie Kurinckx-Leclerc, détaille l’impact de ces opérations sur les activités et les finances de l’entreprise. -
Iliad évince Microsoft du Health Data Hub
Le fournisseur de cloud Scaleway, filiale d'Iliad, a été retenu à l’issue d’un appel d’offres pour l’hébergement des données de santé des Français, à la place de Microsoft. -
La dette privée reste le premier moteur de croissance de Blackstone
Malgré la défiance envers la classe d’actifs, la société d’investissement a attiré 37 milliards de dollars de capitaux dans le crédit au premier trimestre. Soit plus de la moitié de la collecte globale. -
L’automobile chinoise veut asseoir sa prééminence technologique
Xpeng prépare le lancement de sa première voiture volante et de ses robots humanoïdes, tandis que Huawei investit pour améliorer son système de conduite autonome.
ETF à la Une
Les investisseurs en ETF se détournent des actions européennes
- La banque Delubac taille dans ses effectifs pour faire face à des difficultés financières
- Des gestionnaires actifs alertent sur les dangers cachés de la gestion passive
- La forêt française, un actif réel en voie de reconnaissance
- Lionel Paquin : « Ce n’est pas Praemia qui est en crise mais le marché de l’immobilier »
- Marie Dauvergne (BNPP AM) : « La gestion solidaire est de l'investissement, pas de la philanthropie »
Contenu de nos partenaires
-
En Allemagne, l'AfD plébiscitée par les ouvriers, tenue à distance par les syndicats
La formation d'extrême droite sait exploiter les craintes pour l'emploi suscitées par les mutations de l'industrie -
PépiteIndustrie pharmaceutique : l’OPA à 2,5 milliards de dollars de Servier sur une biotech américaine
Le deuxième groupe pharmaceutique français a annoncé jeudi avoir finalisé l’acquisition de Day One Biopharmaceuticals, spécialisé dans l'oncologie -
EditorialLivreurs à vélo, le prix du « droit à la paresse »
Non content d’inciter à l’inaction individuelle, le logiciel « systémique » de la gauche se fait aussi l’allié objectif de l’« économie de la flemme », en entretenant une vision doloriste du travail et en glorifiant la société du temps libre